Espagne: Sanchez dit sa «répulsion» pour la conduite de Juan Carlos
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EspagneSanchez dit sa «répulsion» pour la conduite de Juan Carlos

Le chef du gouvernement espagnol a exprimé son dégoût. après que l’ex-roi d’Espagne s’est encore acquitté d’une tranche de plus de 4 millions de francs pour calmer le fisc qui est à ses trousses.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

AFP

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé vendredi, sa «répulsion» à l’égard de la «conduite incivique» de l’ancien roi Juan Carlos, après l’annonce du versement par ce dernier de près de 4,4 millions d’euros pour régler une ardoise fiscale.

«Je vais manifester de manière catégorique le même sentiment que la majorité des Espagnols, qui est la répulsion (...) face aux conduites inciviques que nous avons apprises à travers les médias», a-t-il déclaré devant la presse, en soulignant toutefois que c’était «le comportement d’une personne» qui était en cause, pas la monarchie en tant qu’institution.

Cerné par les enquêtes et en exil à Abu Dhabi, l’ex-roi d’Espagne, Juan Carlos, a réglé au fisc une nouvelle dette de près de 4,4 millions d’euros, une opération destinée à éviter des poursuites judiciaires, qui sape encore un peu plus à la fois son image et celle de la monarchie.

Révélé jeudi soir par le quotidien El País et confirmé vendredi par son avocat, ce versement au fisc espagnol a pour but de régulariser les obligations fiscales découlant de vols en jet privé, d’une valeur de 8 millions d’euros selon la presse, dont l’ancien monarque avait bénéficié et qui avaient été payés par une fondation basée au Liechtenstein et appartenant à l’un de ses cousins.

C’est la deuxième fois que l’ancien souverain règle ainsi une dette auprès de l’administration fiscale.

En décembre, il avait déjà versé près de 680’000 euros, une régularisation consécutive à une enquête anti-corruption portant sur l’utilisation par Juan Carlos de cartes de crédit liées à des comptes bancaires aux noms d’un entrepreneur mexicain et d’un officier de l’armée de l’air espagnole.

Dans cette affaire, la justice cherche à déterminer s’il a utilisé des prête-noms pour blanchir de l’argent après 2014, date de son abdication et donc de la fin de son immunité de chef d’Etat.

En reconnaissant avoir soustrait des revenus au fisc, l’ancien monarque tente d’éviter des poursuites. Mais la justice, qui cherche à déterminer l’origine des fonds ayant permis de payer cette régularisation, n’a pas encore pris de décision à ce sujet.

Parti en exil en août à Abu Dhabi alors que se multipliaient les soupçons sur l’origine opaque de sa fortune, Juan Carlos, 83 ans, est visé par un total de trois enquêtes.

Berne dans la danse

La principale, ouverte par la justice espagnole après une enquête lancée par son homologue suisse, vise à déterminer si l’ex-roi a empoché une commission dans le cadre de l’attribution à des entreprises espagnoles d’un contrat pour la construction d’un train à grande vitesse en Arabie saoudite en 2011.

Au centre de cette affaire, figure un virement de 100 millions de dollars que Juan Carlos aurait, en 2008, reçu de l’ancien roi saoudien Abdallah sur un compte en Suisse, selon La Tribune de Genève et la cellule enquête du groupe qui édite le journal que vous lisez présentement. Il aurait ensuite transféré 65 millions d’euros à son ex-maîtresse allemande, Corinna Larsen, dans un paradis fiscal.

Une autre enquête, ouverte après un rapport du service de prévention du blanchiment de capitaux et confiée au Tribunal suprême, seul habilité à juger l’ancien souverain, porte, selon la presse, sur des sociétés liées à l’ex-roi et situées dans des paradis fiscaux.

«Pas une bonne nouvelle»

Pour la politologue Cristina Monge, de l’université de Saragosse (nord), cette deuxième régularisation «salit encore l’image» de l’ancien roi, dont l’absence a marqué mardi la commémoration officielle du 40e anniversaire du coup d’Etat manqué du 23 février 1981.

Juan Carlos avait alors joué un rôle clé dans l’échec de ce putsch militaire, forgeant son image de «roi de la démocratie», très loin des scandales qui ont entaché la fin de son règne.

Sur un plan plus politique, cette nouvelle affaire dans l’affaire Juan Carlos «peut compliquer les relations du Parti socialiste (au pouvoir) avec Podemos», son partenaire au gouvernement, qui sont actuellement très tendues, estime Cristina Monge.

«Préoccupés» par les affaires de l’ancien roi et leur impact sur l’opinion publique, les socialistes adoptent toutefois «une position de parti d’Etat» et restent prudents dans leur condamnation, poursuit la politologue.

«De toute évidence, nous ne sommes pas face à une bonne nouvelle sur le plan éthique», a ainsi reconnu vendredi la numéro deux du gouvernement, la socialiste Carmen Calvo.

De son côté, Podemos, parti de gauche radicale ouvertement républicain, n’a, lui, pas mâché ses mots. «C’est une honte que l’ex-roi continue à verser «volontairement» au fisc des millions qu’il aurait dû déclarer il y a des années», a lancé un de ses députés, Gerardo Pisarello, selon qui la justice lui laisse «grossièrement» bénéficier «d’une impunité».

(AFPE)

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