Genève: En prison, «rien n'est plus douloureux que les Fêtes»
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GenèveEn prison, «rien n'est plus douloureux que les Fêtes»

Pourtant éligibles à des sorties provisoires, de plus en plus de détenus romands essuient un refus. Une décision souvent mal vécue en fin d'année.

par
Julien Culet
A Champ-Dollon (GE), les activités de fin d'année ont été réduites à cause de la surpopulation carcérale.

A Champ-Dollon (GE), les activités de fin d'année ont été réduites à cause de la surpopulation carcérale.

Une sortie refusée et les Fêtes se transforment en cauchemar. Condamné à 4 ans ferme pour escroquerie, Luc* passera la fin d'année en prison, pour la troisième fois. Après deux Noëls à Champ-Dollon, il sera à l'établissement d'exécution de peine genevois de la Brenaz, où il a été transféré. Détenu modèle selon son avocat et ayant atteint la moitié de sa peine, le quinquagénaire pouvait prétendre à un congé de quelques heures pour voir sa femme, ses filles et ses petits-enfants. Refus des autorités à la mi-décembre.

«Mon client accepte sa peine. Mais il est démoralisé, abattu par cette décision. Il la vit comme une nouvelle condamnation, celle-ci injuste», rapporte Me Nicola Meier. Pas dangereux, vivant à Genève avec sa famille, Luc ne comprend pas. Il appréhende les prochains jours. «Pour lui, rien n'est plus douloureux que la fin d'année, explique son avocat. Il est coupé de ses enfants alors que c'est une période que l'on passe en famille.» S'il a déjà une visite prévue, il devra choisir entre ses deux filles en plus de sa femme, ne pouvant recevoir plus de deux proches à la fois.

Et difficile de se libérer l'esprit, les festivités sont restreintes à Champ-Dollon. La prison fonctionnant comme un dimanche, les activités sont limitées et les parloirs restreints. «Il y a donc plus de tensions car les détenus ont le moral au plus bas», indique Me Meier.

Des sorties qui se raréfient

Les demandes de congé sont scrupuleusement étudiées par les autorités, que ce soit à Genève ou dans le canton de Vaud. Elles en définissent le cadre et la durée en fonction de chaque détenu. Mais le congé ne peut excéder les 12 heures. Le risque de fuite, de récidive et la situation personnelle du condamné sont passées au crible.

Pour les juristes, les refus semblent être toujours plus fréquents. «Nous sommes sollicités pour de nombreux recours, suite à des décisions négatives. Avant ils étaient rares», relève Me Nicola Meier, à Genève. La vice-bâtonnière vaudoise observe aussi une prudence plus importante suite aux récents faits divers, dont les affaires Adeline et Marie.

Moins de festivités à Genève

Les détenus romands ne sont pas tous logés à la même enseigne pendant les Fêtes. A Champ-Dollon, les réjouissances sont réduites. Un paquet contenant des friandises et du chocolat a été distribué. Si les repas ne changent pas, les pensionnaires peuvent acheter par le biais de l'épicerie de l'établissement du saumon ou de la bûche. Un concert avait lieu jusqu'en 2011. La surpopulation carcérale a eu raison de lui pour des questions de sécurité. 763 détenus étaient incarcérés hier dans la prison genevoise, pour 376 places.

A Neuchâtel, à la prison de Bellevue, un repas de Noël a été servi le 19 décembre, suivi d'un concert de Gospel. Les prisonniers vaudois de Bois-Mermet sont encore mieux lotis. Après un goûter les 18 et 19 décembre, les détenus ont droit à des repas un peu plus festif les 25 et 31. En fin d'année, des lotos et des séances cinéma sont organisées tous les jours. Pour pallier à la surpopulation, les prisonniers doivent réserver un jour en particulier.

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