Projet de tram à Lausanne: En sauvant la forêt du Flon, la Ville trahit sa parole
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Projet de tram à LausanneEn sauvant la forêt du Flon, la Ville trahit sa parole

La Municipalité confirme que le dossier risque d'évoluer. D'anciens opposants, à qui on avait offert des garanties, pourraient se réveiller.

par
Francesco Brienza
Le flou qui entoure le projet du tram déroute les Lausannois, qui ont manifesté le mois dernier.

Le flou qui entoure le projet du tram déroute les Lausannois, qui ont manifesté le mois dernier.

Keystone/Salvatore di Nolfi

Le projet de tram tel que planifié est mort. Annoncé par «24 heures» en octobre, l'abandon du projet de rampe routière «Vigie-Gonin» à travers la forêt du Flon est sur toutes les lèvres. Le nouvel axe devait compenser la fermeture au trafic motorisé de deux artères principales du centre-ville: l'extrémité de la rue de Genève et le Grand-Pont.

«C'est grâce à cette rampe qu'une bonne centaine d'oppositions au tram avaient été retirées, se souvient Xavier de Haller, avocat et conseiller communal PLR à Lausanne. La Municipalité s'était engagée par convention à ne pas fermer ces routes tant que la rampe n'était pas mise en service.»

Soit on renégocie, soit on repart à zéro

Cette promesse semble être aujourd'hui passée aux oubliettes. Au début du mois, la Municipalité de Lausanne a confirmé que le dossier du tram risquait d'évoluer. «Le contexte dans lequel le projet a été déposé en 2012 a changé, explique-t-elle. Des optimisations (...) sont dès lors probables dès le permis de construire entré en force.»

Consciente qu'elle marche sur des œufs vis à vis des engagements pris à l'époque, la Directrice de la Mobilité Florence Germond a été claire ce mardi, face aux Conseil communal: «Ces conventions sont liantes, explique-t-elle. Ce qui veut dire qu'elles doivent être renégociées.» Sans quoi les parties s'estimant roulées dans la farine pourraient saisir la justice. «Ou alors il faut repartir à zéro et on attend une dizaine d'années pour lancer le chantier», prévient l'élue socialiste.

Un pari risqué

Un travail de titan est à mener auprès de ces ex-opposants, qui sont pour bonne partie des commerçants du centre-ville ou des habitants inquiets des reports de trafic dans leur quartier. Après sept ans de ping-pong judiciaire, cette perspective inquiète ceux qui sont pressés de monter dans le tram. Raison pour laquelle Jean-Luc Chollet, conseiller communal UDC, a appelé à aller de l'avant dans ce dossier, avec la rampe Vigie-Gonin, dès que la justice aura donné son feu vert. Un vœu resté pieux. Les temps ont changé, et les sensibilités écologiques aussi. Le plénum a préféré voter une résolution qui vise à explorer les alternatives à cette nouvelle route.

Futur visage de la ville difficile à imaginer

Théoriquement, la justice pourrait donner très bientôt son feu vert au démarrage des travaux du tram, sans que la Ville et le canton ne connaissent précisément le visage du projet. Car tant que les renégociations des conventions n'auront pas abouti, on ne saura pas quel axe sera fermé au trafic, ni par où celui-ci sera dévié. Autrement dit, on pourra poser les rails, mais tout le reste est à dessiner.

Pour l'heure, la piste privilégiée est celle qui prévoit de laisser le Grand-Pont ouvert au trafic. «Nous craignons un engorgement complet de la ville», note unanimement le PLR lausannois. En outre, comme l'a annoncé la Municipalité de Lausanne, des modifications sensibles des mesures d'accompagnement se traduiraient par des enquêtes complémentaires, qui ouvriraient elles-mêmes de nouvelles voies d'opposition. Une chose est sûre: le projet de tram tel qu'imaginé est mort.

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