Actualisé 24.03.2019 à 13:43

Elections législativesEn Thaïlande, premières élections depuis 2014

Les Thaïlandais sont appelés aux urnes pour les élections législatives, les premières depuis le coup d'Etat de 2014.

Une femme dépose son butin dans l'urne, dimanche en Thaïlande.

Une femme dépose son butin dans l'urne, dimanche en Thaïlande.

AFP

Les Thaïlandais ont voté dimanche pour leurs premières élections législatives depuis le coup d'État de 2014, un test pour les généraux qui entendent bien conserver le pouvoir mais pourraient pâtir d'une forte mobilisation électorale.

Depuis des années, la Thaïlande est profondément divisée entre des factions favorables à la famille influente des Shinawatra (les «rouges») et une élite conservatrice alignée sur l'armée (les «jaunes») qui se présente comme un gage de stabilité et de protection de la monarchie.

Mais les lignes sont plus incertaines lors de ce scrutin. Plus de sept millions de nouveaux électeurs, âgés de 18 à 25 ans, étaient inscrits et de nouveaux partis, comme Future Forward («En avant l'avenir») du milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit, pourraient tirer parti de cette nouvelle donne.

Au total, 51 millions de Thaïlandais étaient appelés à se rendre aux urnes. Les résultats préliminaires sont attendus dans la soirée et les principaux acteurs politiques se sont retirés dans leurs QG dans l'attente des résultats.

«Nous allons suivre l'annonce des résultats, et quand une tendance se dessinera, nous nous exprimerons», a réagi Abhisit Vejjajiva, chef du parti Démocrate, conservateur n'ayant pas exprimé son allégeance à la junte. Samedi soir, le roi de Thaïlande, Maha Vajiralongkorn, dont les interventions publiques sont rarissimes, a appelé à «soutenir les bonnes personnes» pour «empêcher de semer le chaos». Il reprenait des termes employés en 1969 par son père Bhumibol Adulyadej, adoré des Thaïlandais et décédé en 2016.

Le message de Rama X, dont l'influence dans le royaume va bien au-delà de son statut de monarque constitutionnel, a été diffusé à plusieurs reprises par les chaînes de télévision jusqu'à l'ouverture des bureaux de vote.

Le commandant en chef des armées, le général Apirat Kongsompong, a qualifié la déclaration royale de «bonne chose». De leurs côtés, les électeurs se sont rendus en nombre dans les temples, écoles ou administrations pour voter.

- Sénat contrôlé par l'armée -

«Depuis cinq ans, nous n'avons pas eu la possibilité de décider par nous-mêmes (...). Ce moment est très important pour notre pays», a relevé Wasa Anupant, un médecin de 28 ans. «Je souhaite que la Thaïlande devienne plus démocratique et que les inégalités sociales soient atténuées», a déclaré Pattrapong Waschiyapong, employé d'une compagnie d'assurance.

Le scrutin met aux prises ceux qui soutiennent l'armée au pouvoir et ceux qui réclament davantage de démocratie.

De nouvelles règles électorales limitent les chances de voir un seul parti acquérir à lui seul une majorité parlementaire confortable, d'après des observateurs qui craignent «une impasse» politique.

Et la forte participation attendue pourrait permettre la percée de partis d'opposition pro-démocratiques. Mais les généraux entendent bien conserver le pouvoir. Prayut Chan-O-Cha, chef de la junte, s'est aménagé un avantage confortable avec une Constitution, adoptée en 2016, qui donne aux militaires le pouvoir de nommer les 250 membres du Sénat.

Il suffit donc au Phalang Pracharat, le parti pro-junte, d'obtenir 126 sièges sur les 500 que compte la Chambre des représentants pour garder le contrôle du pays. Les autres mouvements politiques, au premier rang desquels le principal parti d'opposition le Pheu Thai, devront quant à eux gagner 376 sièges pour pouvoir former un gouvernement.

Impasse politique

«Tous ceux qui veulent la démocratie doivent se rendre aux urnes pour que (le vote) soit transparent et pour aider au développement du pays», a déclaré Prayut Chan-O-Cha après avoir déposé son bulletin dans l'urne.

Le Pheu Thai, proche des «Chemises rouges», devrait encore bénéficier d'une large adhésion dans les régions rurales et pauvres peuplées du nord et du nord-est. Les partis pro-rouges ont remporté toutes les élections depuis 2001, mais ils sont privés sur le terrain de leurs figures emblématiques: Thaksin Shinawatra a été renversé en 2006 et s'est exilé, tout comme sa soeur Yingluck évincée en 2014.

Autre coup dur pour le clan Shinawatra, un parti très proche, le Thai Raksat Chart, a été dissous en février par la Cour constitutionnelle et ses dirigeants bannis de la vie politique pour dix ans.

Ils ont été jugés coupables d'actes «hostiles envers la monarchie» pour avoir proposé la soeur du roi, la princesse Ubolratana, comme candidate au poste de Premier ministre. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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