Vaud: En trois ans, il y a eu 42 enlèvements d'enfants
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VaudEn trois ans, il y a eu 42 enlèvements d'enfants

La Fondation Missing Children Switzerland (MCS) organise dimanche à Lausanne une table ronde sur l'alerte enlèvement, à l'occasion de la Journée internationale des enfants disparus.

La Fondation Missing Children Switzerland (MCS) organise dimanche à Lausanne une table ronde sur l'alerte enlèvement, à l'occasion de la Journée internationale des enfants disparus.

Elle réunira à St-Sulpice (VD) représentants des polices romandes, ONG, universitaires et avocats.

MSC veut attirer l'attention sur le système d'alerte enlèvement en Suisse, a déclaré vendredi à l'ats Irina Lucidi, présidente de la fondation MSC, mère des jumelles de St-Sulpice (VD) disparues en 2011. Selon elle, le dispositif actuel est déficient.

«Instauré en 2010, ce plan n'a jamais été déclenché. Il n'existe que sur le papier», a-t-elle déploré.

Campagne de sensibilisation

En janvier, sa fondation a lancé sa première campagne de sensibilisation nationale, «Tous pour un». Elle plaidait pour une alerte enlèvement coordonnée entre les cantons, étendue aux pays limitrophes, intégrant les réseaux sociaux et incluant le kidnapping par un parent, a rappelé Mme Lucidi.

En mars, deux postulats ont été déposés au Parlement fédéral par Luc Recordon (Les Verts/VD) et Mathias Reynard (PS/VS). Ils visent à améliorer le système et à instaurer la possibilité d'instaurer un niveau intermédiaire d'alerte. Mais le Conseil fédéral a répondu que les réglementations légales étaient suffisantes.

Déception

«Je suis déçue par la position du gouvernement», a noté la mère des jumelles. «Il n'a pas vraiment analysé ces postulats, ne rentre pas dans le détail et n'évoque pas l'extension aux pays limitrophes, ce qui aurait été utile dans mon cas».

«En France, les alertes enlèvements qui existent depuis 2006 ont un taux de réussite de 100%. Les treize enfants concernés par le dispositif ont tous été retrouvés. On ne peut pas revenir en arrière, mais le lundi suivant la disparition de mes filles, si j'avais été en France, cette alerte aurait été déclenchée et le père de mes filles aurait été retrouvé», poursuit-elle.

MCS est convaincue que le système doit évoluer et continue sa mobilisation. «Nous espérons maintenant que les sénateurs vont nous soutenir: ces postulats seront discutés et votés au Conseil des Etats le 18 juin».

Ouvert au public

Dimanche, la population est invitée à participer gratuitement aux événements organisés par MCS et de nombreux volontaires à St-Sulpice. Chacun pourra faire un geste de solidarité en achetant une tranche de gâteau pour soutenir activement les familles confrontées à une disparition d'enfant, a noté Mme Lucidi qui ne sera pas présente.

Ses filles, des jumelles, ont disparu de St-Sulpice (VD) avec leur père le dimanche 30 janvier 2011 à l'âge de six ans. L'homme s'est jeté sous un train à Cerignola (I) le jeudi soir 3 février, après être passé par la Corse. Jusqu'à ce jour, les enquêtes menées en Suisse, en France et en Italie n'ont pas permis de retrouver les fillettes. «De ce côté là, il n'y a hélas rien de nouveau», a regretté Mme Lucidi.

Une pensée pour les enfants

La Journée internationale des enfants disparus est née aux Etats-Unis. Elle se commémore aussi en Europe et en Suisse par notre biais depuis deux ans, a-t-elle ajouté.

Son objectif principal est d'encourager la population à penser à tous les enfants encore portés disparus dans le monde. Il consiste également en une réflexion sur les stratégies de prévention à promouvoir auprès des institutions nationales et à adopter en collaboration étroite avec les pouvoirs publics. (ats)

Enlèvements en Suisse

Dans le canton de Vaud, 42 enlèvements d'enfants et plus de 3200 disparitions se sont produits entre 2010 et 2012. C'est ce que révèle une étude de l'Université de Lausanne (UNIL) réalisée à la demande de la Fondation Missing Children Switzerland (MCS).

«Le problème en Suisse est qu'il n'existe pas vraiment de statistiques en la matière», a déclaré vendredi à l'ats Irina Lucidi, présidente de la fondation MSC, mère des jumelles de St-Sulpice (VD) disparues en 2011. «Nous avons donc demandé à l'Institut de criminologie de l'UNIL de réaliser cette étude, effectuée en utilisant les bases de données de la police cantonale».

Selon l'extrait de la recherche publié vendredi, quatorze affaires ont été enregistrées en 2010, treize en 2011 et quinze en 2012. Les enlèvements ont touché des enfants âgés majoritairement de moins de dix ans (83,2%).

«On sous-estime la dangerosité de certains kidnappeurs. Malheureusement, les faits divers dans les journaux montrent que cela arrive plus fréquemment qu'avant, d'où l'importance d'une alerte enlèvement efficace», a noté Mme Lucidi.

Dix-neuf de ces cas concernent un enlèvement d'enfant (national ou international) de la part d'un parent (45%). Dix-sept (41%) se réfèrent à des situations de mésentente entre les parents séparés ou de non-respect du droit de visite de la part du père ou de la mère.

Dans six des 42 affaires, les enfants disparus n'ont pas été rapatriés. Les trois cas de tentatives d'enlèvement par des tiers sont le fait d'inconnus incitant les enfants à monter dans leur voiture. Dans 42%, la durée de la disparition est de moins de 24 heures, dans 19%, elle se situe entre un et 10 jours.

Fugueurs récidivistes

Toujours entre 2010 et 2012, la police cantonale a enregistré 3296 cas de fugue. Ils correspondent à 774 personnes mineures qui ont fugué au moins une fois durant ces trois ans. Cela représente environ trois fugues par jour, donc un travail conséquent pour la police.

Au moins la moitié des mineurs sont des récidivistes âgés en majorité entre 13 et 18 ans (89,9%). Treize de ces mineurs n'ont pas été retrouvés (du moins l'issue de l'affaire ne figure pas au dossier mis à disposition). Les personnes ayant fugué plusieurs fois entre 2010 et 2012 vivaient majoritairement dans des foyers.

«Plus de mille mineurs disparus chaque année dans le seul canton de Vaud: ces chiffres ne sont pas dérisoires, souligne Mme Lucidi. On pourrait au minimum les multiplier par dix pour toute la Suisse. Ce phénomène mérite qu'on y prête attention, même si la majorité sont des fugues.

«On a le devoir de protéger ces enfants, sans oublier les risques de suicide. Il faut leur montrer que leur absence n'est pas indifférente», souligne-t-elle.

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