Turquie: En visant l'EI, Erdogan veut en finir avec le PKK
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TurquieEn visant l'EI, Erdogan veut en finir avec le PKK

Contraint d'affronter le groupe Etat islamique (EI), le président turc espère en profiter pour mettre au pas les activistes kurdes qui menacent, selon lui, la stabilité de la Turquie.

Recep Tayyip Erdogan cherche à raviver la flamme du nationalisme turc et à regagner au passage la confiance de son électorat.

Recep Tayyip Erdogan cherche à raviver la flamme du nationalisme turc et à regagner au passage la confiance de son électorat.

En lançant des opérations militaires, qualifiées de guerre «sans distinction» contre les groupes terroristes, Ankara a attaqué des bases syriennes de l'Etat islamique (EI) et des camps du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tout en autorisant la coalition conduite par les Etats-Unis contre l'EI à utiliser des bases turques.

Cette offensive sur deux fronts présente des risques stratégiques élevés pour la Turquie, membre de l'OTAN, et l'expose à des représailles tant de la part des djihadistes que des séparatistes du PKK. Elle menace de rallumer les braises du conflit avec les Kurdes qui a fait 40'000 morts en une trentaine d'années.

Située sur le chemin de nombreux candidats au djihad souhaitant se rendre en Syrie, la Turquie est désormais une cible potentielle de l'EI comme l'a montré l'attentat du 20 juillet qui a tué 32 personnes à Suruç et qu'Ankara a imputé aux combattants islamistes.

Risque considérablement relevé

Depuis un certain temps, plusieurs diplomates européens ont fait part de leur crainte de voir visées par des attentats les stations balnéaires turques, d'autant plus fréquentées que les touristes fuient les plages tunisiennes, ciblées par les djihadistes.

«Les mesures offensives adoptées récemment par Ankara, à la fois contre le PKK et contre l'Etat islamique, ont considérablement relevé le risque d'attaques terroristes et de manifestations violentes», souligne Wolfango Piccoli, de Teneo Intelligence, une société spécialisée dans l'analyse du risque.

Encore marqué par un revers électoral en juin qui a vu l'AKP, le parti islamo-conservateur qu'il a fondé, perdre sa majorité absolue et le parti prokurde HDP entrer massivement au Parlement, Recep Tayyip Erdogan cherche à raviver la flamme du nationalisme turc et à regagner au passage la confiance de son électorat.

«Ici, la cible probable, c'est le HDP. En s'attaquant au PKK, le gouvernement turc exerce une pression sur le HDP pour qu'il choisisse un camp», avance Erik Meyersson, enseignant à la Stockholm School of Economics, dans un article publié sur son site Internet.

Présidentialisation du régime

«Soit il (le HDP) dénonce le PKK, au risque de se couper de sa base politique, soit il durcit sa rhétorique prokurde, au risque de provoquer la colère de l'opinion publique turque et celle de l'appareil judiciaire qui n'a jamais hésité à réprimer les partis politiques kurdes et leurs représentants.»

Un effondrement du vote kurde conjugué à un sursaut du vote nationaliste pourrait permettre à l'AKP de regagner des voix en cas d'élections législatives, de franchir la majorité requise pour modifier la constitution et de faciliter ainsi la présidentialisation du régime que Recep Tayyip Erdogan appelle de ses voeux.

L'attentat de Suruç a provoqué de violentes manifestations de la population kurde qui accuse depuis longtemps Recep Tayyip Erdogan et l'AKP de soutenir en secret l'EI, ce que réfute Ankara.

Malgré ses démentis, la Turquie a de plus en plus de mal à cacher son exaspération devant les succès militaires de l'YPG (unités de protection du peuple), la branche armée du parti kurde syrien PYD, soutenue par l'appui aérien de la coalition conduite par Washington, parvient à contenir, voire, dans certains cas, à repousser les combattants de l'Etat islamique.

Crainte d'un territoire kurde en Syrie

Désormais, près de la moitié des 900 kilomètres de la frontière turco-syrienne sont contrôlés par les Kurdes. Recep Tayyip Erdogan et l'AKP craignent que les succès du PYD incitent les 14 millions de Kurdes vivant en Turquie à se tourner vers le PKK, une organisation étiquetée comme terroriste par les Turcs, les Américains et les Européens.

«La dynamique en Syrie va à l'encontre des intérêts turcs», estime Sinan Ulgen, qui intervient à la fondation Carnegie Europe et dirige le cercle de réflexion basé à Istanbul EDAM.

«D'abord, l'Etat islamique s'étendait dans le Nord-Ouest et continuait d'avancer le long de la frontière. Ensuite, il y a eu la crainte de voir le PYD établir un territoire kurde allant de l'Irak à la Méditerranée. Ces deux dynamiques ont forcé la main de la Turquie», a-t-il dit à Reuters.

Il n'a pas non plus échappé à Ankara que le PYD est perçu à Washington comme un partenaire fiable, notamment dans l'aide qu'il apporte à la coalition qu'il guide dans ses frappes aériennes, dit Sinan Ulgen. Selon lui, la Turquie ne peut plus prendre le risque d'être marginalisée.

«Il devenait très dangereux tant pour la sécurité de la Turquie que pour ses intérêts nationaux de repousser sans cesse son implication dans la coalition montée contre l'Etat islamique.» «Si la Turquie avait été en mesure de se positionner un an plus tôt, les choses auraient été différentes.»

Zones de sécurité

La décision d'Ankara d'entrer en action résulte également en partie du succès de ses efforts visant à obtenir le soutien des Etats-Unis en vue de créer une zone de sécurité le long de la frontière syrienne.

La Turquie veut utiliser les zones de sécurité créées du côté syrien pour éloigner l'Etat islamique et les combattants kurdes de son territoire et éviter que de nouveaux réfugiés y pénètrent alors qu'elle en accueille déjà 1,8 million.

Peu de temps après le début des frappes, le ministre des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a soulevé la question des zones de sécurité, expliquant qu'elles seraient créées naturellement à mesure que les combattants de l'EI quitteront leurs poches du nord de la Syrie.

Ankara semble avoir ainsi obtenu de Washington un soutien tacite à sa campagne irakienne contre le PKK, alors même que les Etats-Unis travaillent avec les Kurdes en Syrie. (ats)

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