Paraguay: Enceinte à dix ans après avoir été violée
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ParaguayEnceinte à dix ans après avoir été violée

Elle a dix ans et elle est enceinte de quatre mois, après avoir été abusée sexuellement par son beau-père: ce drame fait scandale au Paraguay et un juge a ordonné la détention de la mère et de son compagnon. Au Paraguay, l'avortement est interdit, même en cas de viol.

«Une enfant n'est pas en condition d'avoir un enfant. C'est une grossesse à haut risque, de 22 semaines, pour la mère et l'enfant. Au Paraguay, on ne peut pas interrompre une grossesse à moins qu'il y ait un risque pour la vie de la mère», a réagi Ricardo Oviedo, directeur de l'hôpital des enfants d'Asuncion.

En l'examinant la semaine dernière dans un hôpital d'Asuncion, les médecins ont constaté une «croissance de l'abdomen» et ont «d'abord pensé qu'il s'agissait d'une tumeur», avant qu'une échographie ne révèle une grossesse.

La mère a été arrêtée, car la justice paraguayenne considère qu'elle savait qu'elle était régulièrement violée et qu'elle a fait entrave à la justice. En revanche, son compagnon, un employé de garage de 42 ans, soupçonné du viol, a pris la fuite.

Les risques vont augmenter

«Je n'y suis pour rien, je n'étais au courant de rien (...) Que celui qui a fait ça à ma fille soit arrêté et qu'il paye pour le mal qu'il lui a fait, car elle souffre, comme moi», s'est défendue la mère, employée d'une cantine scolaire.

Pour l'instant, la grossesse se déroule «normalement», selon Ricardo Oviedo, «mais au fil des semaines les risques vont augmenter». Lors d'une grossesse précoce, les risques de complications sont cinq fois supérieurs.

Dans cet hôpital de la capitale paraguayenne où naissent 2.000 enfants par an, le médecin a recensé au cours de l'année écoulée quatre grossesses d'adolescentes de 13 ans, douze de 14 ans, une trentaine de 15 ans.

Selon les chiffres officiels, 19% des grossesses concernent des mineures au Paraguay (7 millions d'habitants).

Le Dr Oviedo regrette que ce sont les professionnels de la santé qui découvrent les cas d'abus sexuels : «c'est triste pour notre société, indigne, mais cela doit nous obliger à agir contre ce fléau. Chaque citoyen doit dénoncer les abus pour que les enfants soient protégés».

En janvier 2014, la mère de la fillette avait rapporté aux autorités judiciaires de Luque, banlieue d'Asuncion, des rumeurs d'agressions sexuelles de la part de son concubin, sans pour autant déposer plainte.

Le procureur avait ordonné une expertise psychologique. L'affaire avait été classée sans suite. (afp)

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