Genève – Encore peu connu, le Covid long des enfants suscite de l’incompréhension

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GenèveEncore peu connu, le Covid long des enfants suscite de l’incompréhension

Depuis son ouverture en mai 2021, le service de consultations pédiatriques pour le syndrome post-Covid des HUG a pris en charge une cinquantaine de patients.

par
Leïla Hussein
Parmi les moins de 18 ans testés positifs, 0,1% à 5% développent des symptômes persistants, là où le taux atteint 30% chez les adultes.

Parmi les moins de 18 ans testés positifs, 0,1% à 5% développent des symptômes persistants, là où le taux atteint 30% chez les adultes.

20min/Michael Scherrer

Mi-janvier, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) comptabilisaient 800 adultes suivis en raison de symptômes persistants (plus de trois mois) après avoir contracté le Covid-19. Afin d’apporter des réponses à la population sur ce syndrome, en novembre dernier, l’établissement a mis à disposition Rafael, une plateforme en ligne interactive. Depuis le début du mois, cette dernière propose une version adaptée aux enfants et aux adolescents. En effet, des cas de Covid long ont été enregistrés chez les jeunes. Mais que sait-on de ce syndrome chez les mineurs? Réponses avec Anne Perrin, responsable du service de consultations pédiatriques destiné à leur prise en charge aux HUG.

Dans quelle mesure les enfants et les adolescents sont touchés par ce syndrome?

Cela reste difficile à dire, car nous avons encore peu de données. Ce que l’on constate, c’est que parmi les moins de 18 ans testés positifs, 0,1% à 5% développent des symptômes persistants, là où le taux atteint 30% chez les adultes. Les jeunes semblent donc moins développer ce syndrome. Notre service a enregistré une cinquantaine de cas depuis son ouverture en mai 2021. Mais seule une partie des patients arrive aux HUG. Beaucoup sont suivis par leur médecin. Le nombre total est donc probablement très sous-estimé. On observe également que les adolescents sont plus atteints que les enfants.

Un enfant sur cinq est en rupture scolaire

Anne Perrin, cheffe de clinique pédiatrie générale aux HUG

Quel impact cette pathologie a-t-elle sur les jeunes patients?

Avec les enfants, on accorde une attention particulière aux conséquences que cela engendre sur la scolarité. Dans deux tiers des cas, il y a un impact sur l’école. Ça va de la baisse des résultats scolaires, à l’absentéisme long, en passant par des absences répétées. Dans nos consultations, un enfant sur cinq est en rupture scolaire, c’est-à-dire qu’il ne va plus à l’école depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. On essaye le plus possible d’éviter le décrochage scolaire. C’est notre priorité.

Le Covid long des enfants est-il similaire à celui des adultes?

Les symptômes ne se manifestent pas de la même manière. Certains sont plus prévalents chez les enfants que chez les adultes. Les maux de tête sont très fréquents et les symptômes digestifs sont également plus présents. En revanche, les troubles de l’humeur affectent moins les enfants. Le stress post-traumatique qui se déclenche chez certains adultes se voit très peu chez les plus jeunes. Comme pour les adultes, il n’y a pas de traitement magique. Avec le reconditionnement physique, on voit des améliorations. D’après la littérature scientifique, la grande majorité des symptômes disparaissent au bout de quelques mois chez les mineurs.

On s’attend à une hausse des consultations

Anne Perrin, cheffe de clinique pédiatrie générale aux HUG

Les différents variants ont-ils eu un effet sur les cas?

Le nombre de demandes de consultation est resté stable au fil des variants. Nous n’avons pas eu de pic à un moment particulier. En ce qui concerne Omicron, nous n’avons pas le recul nécessaire pour le dire. Comme ce variant est prédominant depuis à peine un mois, il faudra attendre pour savoir s’il a engendré des syndromes post-Covid chez les jeunes. Nous nous attendons toutefois à une hausse des demandes prochainement. La tranche d’âge des moins de 18 ans a été touchée plus tardivement que le reste de la population, particulièrement ces derniers mois. Statistiquement, on pourrait donc bientôt observer une augmentation.

La population est-elle bien informée sur la question?

Il y a parfois de l’incompréhension dans les écoles et chez les parents. Elle est souvent liée à un manque d’informations. Ils ne savent pas que ça peut aussi toucher les jeunes. Toutefois, ce syndrome est relativement bien reconnu en Suisse. Ce qui n’est pas le cas dans tous les pays, comme en France, où les familles se retrouvent démunies. On reçoit beaucoup de demandes venant de là-bas. On en a aussi beaucoup du canton de Vaud et du Valais, mais aussi de Fribourg et de Neuchâtel. On regarde au cas par cas pour essayer de trouver des solutions afin que les enfants puissent bénéficier d’un suivi près de chez eux.

Dès mercredi prochain, chaque mois, des spécialistes des HUG, dont la Dr Anne Perrin, se mettent à disposition des Genevois et des Genevoises pour répondre à leurs questions à l’occasion d’un webinaire.

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