Suisse-France: Enfant ballotté entre Lausanne et Nice après une liaison éphémère
Publié

Suisse-FranceEnfant ballotté entre Lausanne et Nice après une liaison éphémère

Un garçon de 4 ans et demi est au centre d’un conflit majeur entre ses deux parents qui n’ont jamais vécu en couple. La justice vaudoise vient d’attribuer la garde au père établi sur la Côte d’Azur.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
De 2016 à février passé, le père faisait la navette Nice-Genève pour venir voir son fils à Lausanne. Avec le changement de domicile de l’enfant, c’est au tour de la mère de faire le chemin inverse.

De 2016 à février passé, le père faisait la navette Nice-Genève pour venir voir son fils à Lausanne. Avec le changement de domicile de l’enfant, c’est au tour de la mère de faire le chemin inverse.

DR

Un enfant franco-suisse né en décembre 2015 à Lausanne est au centre d’un violent conflit parental. Particularité de cette relation entre une Vaudoise et un Français qui se sont connus en vacances à Madagascar: ils n’étaient déjà plus ensemble quand la Lausannoise a appris sa grossesse. Si les feux de l’amour sur les plages malgaches ont été éphémères, les flammes de la guerre entre les deux parents, elles, sont incessantes et incandescentes. Depuis 2016, dans le cadre de l’exercice du droit de visite du père, l’enfant domicilié chez sa mère à Lausanne est ballotté entre la capitale vaudoise et Nice (F), où habite son père. La Suissesse, au social mais active dans la finance par le passé, et l’agent immobilier français ne lésinent pas sur les requêtes, les plaintes et les accusations. Leurs relations sont si exécrables que pour le bon développement de l’enfant, un réseau a été mis en place à Lausanne.

Spécialistes séduits par les qualités du père

Les différents intervenants n’ont pas tari d’éloges sur les qualités et l’attitude du père. En revanche, ils ont déploré l’absence de collaboration de la Lausannoise tout en admettant que «les besoins de l’enfant chez sa mère étaient satisfaits». Pour sa part, en 2019, le Service vaudois de protection de la jeunesse a préconisé de «renoncer à une garde alternée en raison de l’éloignement des domiciles des deux parents».

L’alarme: «Je crains un suicide collectif»

La Vaudoise suspecte sans cesse des abus sexuels sur son fils dans la villa du père sur la Côte d’Azur. Mais, pour les différents spécialistes, ces accusations sont des chimères. «Il ne faut pas utiliser l’enfant pour régler un conflit parental», a même conclu un médecin vaudois. Quant au jeune garçon, il fait preuve d’une admirable résilience. Les spécialistes soulignent qu’il a «un bon développement cognitif et moteur» et ne présente «aucun signe de maltraitance ou de négligence». Selon les experts, même si chacun des deux parents entretient une relation de qualité avec l’enfant, «pour éviter un changement de cadre de vie brutal qui pourrait être traumatique, la garde doit être confiée à la mère». Mais, début 2020, une alarme a changé la donne. «Tant qu’elle est seule avec l’enfant, il n’y a aucun danger. Mais dans l’hypothèse où elle serait séparée de son fils suite à une décision judiciaire, la mère pourrait être dangereuse car elle n’aurait plus aucune limite. Je crains un suicide collectif où elle mettrait fin à la vie de son fils et à la sienne», avertit un pédopsychiatre. Il aurait tenu ces propos à la curatrice. Quatre mois plus tard, le spécialiste a très fortement nuancé ses propos, mais la machine était déjà mise en branle. En février, la juge de paix ordonne le transfert immédiat de la garde au père. La mère fait recours. Après une âpre bataille sur le lieu de domicile légal de l’enfant, l’affaire a atterri au Tribunal cantonal.

L’attribution de la garde doit uniquement viser à servir le bien de l’enfant, et non à sanctionner un des parents pour son attitude.

Le Tribunal cantonal vaudois

Les juges vaudois ont été refroidis par l’absence de collaboration de la mère ainsi que ses «multiples démarches et son acharnement envers le père traduisant une excessive préoccupation». Pour eux, le Français est le mieux indiqué pour «préserver le bien-être de l’enfant et le lien avec l’autre parent». Un psy a même déclaré que la détestation de la Lausannoise à l’égard du Niçois tenait du «délire paranoïaque».

«Je l’ai élevé seule jusqu’à maintenant»

Depuis la première attribution de la garde au père par la justice de paix, lors des vacances de février, l’enfant vit à Nice et n’est plus jamais revenu à Lausanne. «Je l’ai élevé seule de sa naissance, en décembre 2015, jusqu’en février 2020, sans aucune pension alimentaire. Ma fille de 20 ans et mes parents aimeraient tellement le revoir», a soupiré la Lausannoise jeudi. Juste avant d’embarquer pour la Côte d’Azur afin d’aller assister à une réunion de parents d’élèves.

Conflit délétère et yoyo judiciaire

Dans cette affaire complexe, autorités judiciaires, service de protection des mineurs et experts ont eu des discours parfois divergents. En 2016, dans un contexte déjà marqué par un clivage majeur entre les deux parents, le père a obtenu un large droit de visite de cinq jours avec son enfant à Nice. Depuis, les tensions n’ont fait que s’exacerber: chacun des deux parents réclame la garde de l’enfant sur fond d’accusations et de plaintes pénales. En 2019, les experts estiment qu’afin d’éviter tout changement susceptible d’être perturbant pour l’enfant, la garde doit être l’apanage de la mère. En revanche, le droit de visite du père est restreint: il doit se dérouler le week-end à Lausanne et la moitié des vacances scolaires. En novembre 2019, le père a demandé, à titre de mesures urgentes, le transfert du droit de garde en sa faveur. Cette requête a été aussitôt rejetée par le juge de paix. En décembre 2019, une curatrice juridique est nommée pour représenter l’enfant. Début 2020, un pédopsychiatre fait part de ses craintes sur un éventuel suicide de la mère. Là, la machine s’emballe: en février, la justice vaudoise attribue la garde au Français. Hasard ou coïncidence, la décision tombe alors que l’enfant était en vacances chez son père à Nice. La mère fait recours. Mais la procédure est fortement ralentie par le coronavirus. Le provisoire dure: l’enfant reste à Nice. En juillet, la justice de paix confirme le transfert de garde et le domicile légal du garçon en France. En septembre, un arrêt du Tribunal cantonal établit le domicile de l’enfant chez son père à Nice. Prochaine manche au Tribunal fédéral? Pas si sûr… Lâchée par son avocat pour des questions financières, la mère cherche un nouveau défenseur. En attendant, elle doit se contenter d’un droit de visite à Nice limité à un samedi ou un dimanche sur deux de 10h à 19h.

Le médecin: «Ce n’était pas un diagnostic»

Le pédiatre qui avait évoqué un éventuel suicide collectif a fait marche arrière par la suite. Dans un rapport rédigé en mai, il estime que les conclusions sur un éventuel geste désespéré de la mère «étaient largement excessives». Il nie avoir diagnostiqué la quadra comme pouvant commettre un suicide collectif. «Cette affirmation était largement excessive», a-t-il nuancé. Il a également admis que n’étant pas thérapeute de l’intéressée, il ne pouvait pas poser un quelconque diagnostic la concernant. Néanmoins, il a constaté que l’enfant se développait harmonieusement et avait «de bons rapports avec sa mère, de manière générale». Mais, pour le Tribunal cantonal, la messe était dite: «Le père est, à l’heure actuelle, le seul en mesure de garantir que le lien avec l’autre parent ne soit pas mis à mal et de préserver le bien-être de l’enfant.»

Ton opinion