Genève - Enfants et parents métamorphosés en éboueurs d’un jour

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GenèveEnfants et parents métamorphosés en éboueurs d’un jour

Des millions de bénévoles dans le monde ont ramassé des déchets au sol et nettoyé la planète, samedi. Reportage au bord de l’Arve.

par
David Ramseyer
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Gemma, 4 ans, benjamine de l’opération qui s’est déroulée sur les bords de l’Arve et au Bois de la Bâtie.

Gemma, 4 ans, benjamine de l’opération qui s’est déroulée sur les bords de l’Arve et au Bois de la Bâtie.

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Une septantaine de personnes a participé à l’action de ramassage, samedi 18 septembre 2021.

Une septantaine de personnes a participé à l’action de ramassage, samedi 18 septembre 2021.

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Les bénévoles ont effectué un parcours de plusieurs kilomètres, balisé par les organisateurs. 

Les bénévoles ont effectué un parcours de plusieurs kilomètres, balisé par les organisateurs.

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«J’ai un mégot!» hurle un enfant très fier de sa trouvaille, alors que le groupe ne s’est même pas élancé. Une septantaine de personnes a participé samedi au bord de l’Arve à l’une des multiples actions du clean-up day. Organisé simultanément partout en Suisse et à l’étranger, il invite tout un chacun à ramasser les détritus abandonnés au sol. Des particuliers, des employés d’entreprises ou des membres de clubs sportifs et d’associations ont ainsi joué les éboueurs bénévoles.

Vent d’est anti­-déchets

En 2008, 50’000 Estoniens équipés de gants et de sacs-poubelle ont entrepris de nettoyer leur patrie en cinq heures. Le clean-up day était né. Depuis, l’idée a essaimé partout sur la planète, de l’Albanie à la Zambie. Cette année, la plateforme World Cleanup Day a recensé des opérations dans 180 pays, et revendique 50 millions de bénévoles. La Communauté d’intérêts pour un monde propre chapeaute de très nombreuses actions en Suisse. Selon elle, il y en a eu plus de 600 en cette fin de semaine, dont une vingtaine en ville de Lausanne par exemple, impliquant 45’000 personnes dans tous les cantons.

Nettoyer en famille

Milos est venu avec une poussette et le petit dernier dedans, avec son épouse – «c’est elle qui a vu l’annonce sur les réseaux sociaux et m’a convaincu de l’accompagner» – et avec sa fille de 7 ans. «Je veux lui montrer que ramasser des ordures c’est beaucoup de travail, et que si on jetait moins de détritus, il y aurait forcément moins à faire.»

Régulièrement, la troupe de nettoyeurs en herbe reçoit les félicitations de passants. L’un d’eux peine tout de même à s’extasier. «C’est très bien ce qu’ils font. Mais c’est trop facile pour ceux qui ont jeté leurs ordures à terre, ils comptent sur ces gens pour les récupérer. On a recréé l’esclavagisme! Les pollueurs devraient être davantage sanctionnés.»

Les mégots: un fléau

Penché sur une bordure de chemin, un petit garçon ne compte plus les mégots récoltés. «Les gens, ils pensent pas à la nature, et ça fait ch…!» peste Aidan, 10 ans. Pas de quoi l’arrêter dans son élan. Plus loin, un homme apostrophe un ami qui triture son portable pour trouver la playlist adéquate: «T’as pas de la musique un peu plus énergique?!» Les troupes ont en effet besoin d’être motivées: il fait chaud et le chemin grimpe vers le Bois de la Bâtie.

Au pied d’un petit arbre, la benjamine du groupe, Gemma, est ultra concentrée. Du haut de ses 4 ans, elle tente de saisir un reste de cigarette avec sa grande pince. Maman et papa l’encouragent. Soudain, un sourire de satisfaction illumine le visage de la fillette: ça y est, le détritus est bien coincé entre les serres de son outil et hop, elle le dépose délicatement dans un bocal que tient son père.

Davantage de déchets ménagers

Co-organisateur de l'opération, qui associe son entreprise Emaloja et l’association Runningeneva avec le soutien de la Ville, Cédric Ricou affiche une satisfaction relative. «On a toujours plus de monde, la sensibilité à la protection de la nature augmente. En même temps, quand je vois les déchets qu’on ramène (115 kg en 2018, 150 kg en 2019 – Covid oblige, l’édition 2020 a été annulée – le décompte 2021 sera connu ces prochains jours), la proportion d'ordures ménagères abandonnées a augmenté. Sans parler des mégots: c’est une plaie!»

Il faut pousser les choses plus loin, estime Cédric Ricou. L’encadrement et les parcours resteront ainsi en place pour des sessions de ramassage de mercredi à samedi prochains, en début de soirée. «Le but n’est pas seulement de récolter des déchets, mais surtout de sensibiliser les participants et d’imaginer des stratégies, comme augmenter le nombre de poubelles ou fournir des cendriers portatifs.»

La Ville de Genève veut plus

«C’est la première fois qu’il y a autant d’opérations clean-up day sur notre territoire, sept en l’occurence, a relevé la conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis, dont le département chapeaute la voirie. On sent un engagement de plus en plus fort des citoyens. Je les félicite et les remercie!» La Ville encourage ces initiatives et rêve même d’actions plusieurs fois par an. «Nous prêtons du matériel, comme les pinces et les gants, nous fournissons des plans qui recensent les secteurs où des bénévoles peuvent œuvrer sans danger.» Selon la magistrate PDC, «c’est une manière de toucher les gens, c’est notre ville, chacun doit s’en occuper».

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