Genève/Lausanne – Engager des DJ à l’heure de #MeToo, casse-tête des clubs
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Genève/LausanneEngager des DJ à l’heure de #MeToo, casse-tête des clubs

Un collectif appelle à boycotter les clubs programmant des artistes accusés d’agressions sexuelles. Des patrons de boîte réagissent.

par
Frédéric Nejad Toulami
La dénonciation sur un réseau social de la venue de Derrick May dans un club genevois.

La dénonciation sur un réseau social de la venue de Derrick May dans un club genevois.

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«Pas d’agresseurs payés pour nous faire danser dans nos soirées.» Le collectif genevois Engageons les murs dénonçait mi-octobre la venue du producteur de techno Derrick May pour la réouverture de la Halle Weetamix. L’Américain de 58 ans est soupçonné depuis longtemps de plusieurs agressions sexuelles.

Patron et cofondateur de Weetamix, Dimitri Stransky dit comprendre le débat de société mais regrette le puritanisme actuel. Et rappelle le principe de la présomption d’innocence. «S’il y a des accusations, il doit y avoir dépôt de plainte et jugement. Et si l’individu est reconnu coupable, il doit en effet être mis au ban de la société» estime-t-il, avant de souligner que des comportements litigieux en boîte ne sont pas le seul fait des hommes hétéros. «Pour moi, chaque soirée est une sorte de grand anniversaire ou chacun doit se sentir à l’aise et en sécurité.»

Sans jugement, décider au cas par cas

Au MAD de Lausanne, une autre vedette mondiale du Djiing, Erick Morillo, est régulièrement venue mixer jusqu’en février 2020. En août de la même année, diverses accusations contre lui avaient été dévoilées mais l’artiste était décédé d’une overdose quelques jours avant sa convocation par la justice américaine. Codirecteur du MAD et DJ, Igor Blaska déclare que son club n’a jamais été confronté à une telle prise à partie avant la venue d’un artiste programmé. «Nous ne pouvons pas cautionner certains comportements et accueillir leurs auteurs», souligne cependant Igor Blaska.

Patron du D!Club à Lausanne et président de l’association La Belle Nuit, Thierry Wegmüller met aussi en avant la problématique de la présomption d’innocence: «Il n’y a pas de solution toute prête. Actuellement, vu les accusations, nous n’aurions pas programmé Derrick May, tout comme nous aurions refusé un Bertrand Cantat à l’époque. Mais il faut jauger au cas par cas.»

«Instaurer un climat de confiance»

En tant que responsables d’établissements nocturnes, comment faire face à des campagnes virulentes? «En ne se basant que sur les faits, répond Thierry Wegmüller. Si des personnes s’estiment avoir été lésées ou agressées, qu’elles puissent s’adresser à la direction du club ou à la police. Nous travaillons sur la prévention et l’écoute des victimes, afin d’instaurer un climat de confiance.» Pour mémoire, l’ancien festival Metropop à Lausanne avait créé la polémique sur une problématique similaire en novembre 2008. Les responsables avaient invité sur scène l’artiste jamaïcain Capleton, auteur de chansons qui appelaient à la haine et à l’assassinat des gays et lesbiennes.

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