Actualisé 21.09.2017 à 20:51

GenèveEnième provocation et clap de fin pour Mike Wong

Le patron des fast-foods a décidé d'en finir avec sa chaîne, fermée par l'Etat fin juillet. Il a comparé sa situation à celle des Juifs sous le nazisme.

de
Jérôme Faas
Le Mike Wong du boulevard James-Fazy ferme définitivement ses portes.

Le Mike Wong du boulevard James-Fazy ferme définitivement ses portes.

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«L'aventure à Genève est terminée. Les restaurants Mike Wong n'ouvriront plus. Nous avons pris cette décision parce que nous ne voulons pas accepter ces lois insensées qui sont en vigueur à Genève. Nous nous sentons un peu comme les Juifs sous le régime d'Adolf.» Pierre Turtschi, le patron des trois restaurants asiatiques fermés par le Service du commerce fin juillet, a annoncé de manière très provocante mercredi soir sur les réseaux sociaux qu'il renonçait à se mettre en règle avec l'Etat.

Sa communication a provoqué une avalanche de commentaires scandalisés: «la comparaison est lamentable»; «déclaration aussi débile que moche»; «ce que vous dites dans votre message est très grave»; «comparaisons douteuses et puantes».

Les remontrances fleurissent sur la toile, mais Pierre Turtschi persiste. «Si on n'exagère pas, il n'y a pas de résonance. J'aurais aussi pu prendre des Kosovars sous le régime serbe. Je parle bien sûr du boycott des commerçants, pas de la Nuit de cristal.»

L'homme juge que l'Etat lui impose d'inutiles tracasseries administratives, auxquelles il refuse de se soumettre. Pour rappel, il emploie sans se cacher et depuis plusieurs années des employés asiatiques sans permis de travail. Selon lui, il serait impossible de trouver du personnel à la fois qualifié et en règle. En mai, le Département de l'économie avait refusé de délivrer pour ses trois enseignes genevoises une autorisation d'exploiter sollicitée par son épouse.

Fin août, alors que sa cinquantaine d'employés avaient été licenciés, l'Etat indiquait de manière générale que des solutions pouvaient être trouvées si une entreprise s'engageait expressément à signer les usages en vigueur dans la profession. Ce jeudi, Pierre Turtschi expliquait avoir donné son accord pour les signer. Il a en revanche refusé de fournir un certain nombre de documents supplémentaires que lui réclamait l'Etat, «parce que cela n'a aucun sens»: entre autres, la liste de ses employés à fin 2016 ou un extrait du registre du commerce - «Il se trouve sur internet, ils n'ont qu'à le consulter, donc je ne suis pas d'accord.»

Pierre Turtschi, qui se dit «dégoûté de ce pays», explique être en passe de revendre ses trois enseignes, qui devraient rester des restaurants. Quid de sa cinquantaine d'ex-employés? «Ils sont au carreau, à la rue. Je vais bien sûr essayer de les replacer. Quant aux Chinois, l'un est rentré dans son pays avec femme et enfant, les sept autres vont s'éparpiller, comme les réfugiés.» Dans un mail au Département, il écrivait mardi soir que certains «vont certainement trouver un travail au noir (pas au gris) auprès des restaurateurs chinois et aux conditions largement moins bonnes que chez nous».

Interrogé fin août quant à la situation du patron de Mike Wong, le patron des cafetiers et restaurateurs, Laurent Terlinchamp, expliquait qu'il était impossible de crier à l'injustice. S'il confirmait que trouver des employés en règle dans ce secteur était compliqué, il jugeait aussi que «la loi est la même pour tous».

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