24.07.2020 à 15:58

Irak

Enlevée pour avoir manifesté, une Allemande est libérée à Bagdad

Après trois jours de captivité à Bagdad pour avoir participé à des manifestations anti-pouvoir, l’Allemande Hella Mewis est relâchée.

Les autorités n’ont jamais arrêté ni accusé une quelconque partie dans les enlèvements de militants irakiens ces derniers mois dans un pays où les factions armées pro-iraniennes gagnent en influence. (image d’illustration)

Les autorités n’ont jamais arrêté ni accusé une quelconque partie dans les enlèvements de militants irakiens ces derniers mois dans un pays où les factions armées pro-iraniennes gagnent en influence. (image d’illustration)

Keystone

La directrice allemande d’un centre culturel à Bagdad, Hella Mewis, a été libérée et remise vendredi à son ambassade en Irak, après trois jours de captivité, ont indiqué les autorités des deux pays.

Disparitions mystérieuses

Hella Mewis, qui travaille à Bagdad depuis 2013, avait pris fait et cause pour les manifestations anti-pouvoir déclenchées en Irak en octobre 2019. Des dizaines de militants ont disparu, plus ou moins brièvement, l’ONU accusant des «milices» de ces disparitions forcées.

On ignore toujours l’identité des ravisseurs et les raisons de l’enlèvement de l’Allemande, qui fait partie des rares Occidentaux vivant hors de la Zone Verte ultrasécurisée de Bagdad, où siègent plusieurs missions diplomatiques. Mais une source de sécurité irakienne a précisé à l’AFP que sa libération dans la nuit avait été obtenue au terme d’un échange.

Un échange de prisonniers

L’unité d’élite du renseignement irakien, les Faucons, est parvenue à remonter la piste d’un des ravisseurs, qui a été interpellé. Ce dernier a «dit appartenir à une faction se réclamant du Hachd al-Chaabi», une coalition de paramilitaires pro-iraniens intégrée aux forces de sécurité, selon la même source. Un accord a ensuite été trouvé: «l’homme a été libéré en échange de l’otage allemande».

Hella Mewis se trouvait à Sadr City, un quartier chiite de Bagdad où les forces de l’ordre tentent depuis des années d’imposer la loi mais en vain, a-t-on ajouté. Elle a ensuite «été remise au chargé d’affaires allemand à Bagdad», selon le ministère de l'Intérieur.

Sur caméra

Après sa libération, Hella Mewis, dont le centre d’art, Tarkib, est connu pour soutenir de jeunes artistes, a contacté son amie Dhikra Sarsam. «Elle m’a dit qu’elle allait bien et qu’elle n’avait pas été maltraitée», a affirmé Dhikra Sarsam à l’AFP. «Elle va partir au plus vite en Allemagne.»

Des médias locaux ont diffusé des images de vidéosurveillance présentées comme celles de l’enlèvement d’Hella Mewis, sur la corniche du Tigre. Prise en étau entre une berline noire et un pick-up blanc, un modèle utilisé par certaines forces de sécurité, la femme est forcée de descendre de son vélo par des hommes qui la poussent violemment à l’intérieur du pick-up.

Enquête en cours

Les policiers du commissariat à quelques mètres de là ne sont pas intervenus, a affirmé un responsable de la sécurité. Les autorités n’ont jamais arrêté ni accusé une quelconque partie dans les enlèvements de militants irakiens ces derniers mois dans un pays où les factions armées pro-iraniennes gagnent en influence.

Le porte-parole du Hachd s’est félicité sur Twitter de la libération d’Hella Mewis, tout en appelant à «enquêter sur la présence clandestine de cette étrangère depuis huit ans à Bagdad sans autorisation de la sécurité». La jeune femme assiste pourtant régulièrement à des événements publics, souvent avec des officiels.

Le juge Abdelsattar Bayraqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature, a indiqué que «l’enquête sur ce crime se poursuit».

Le ministre allemand «soulagé»

Après sa libération, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’est dit «très soulagé».

Selon Dhikra Sarsam, Hella Mewis était inquiète depuis l’assassinat début juillet à Bagdad du chercheur Hicham al-Hachémi, connu lui aussi pour son soutien à la révolte anti-pouvoir. Cette mort violente a relancé les craintes de nouveaux assassinats politiques, coutumiers durant les années de guerre dans le pays (2006-2009), mais devenus ensuite très rares.

Depuis le début de l’année, deux journalistes français ont été retenus en otage plusieurs jours, ainsi que trois humanitaires, libérés après deux mois de captivité et enlevés avec un Irakien dans le même quartier de Karrada que Mme Mewis.

Appel à rendre les armes

Le turbulent leader chiite Moqtada Sadr, silencieux depuis que les manifestations anti-pouvoir se sont essoufflées en début d’année après s’être longtemps posées en protecteur des contestataires, a dit sur Twitter «espérer que ce genre d’incident n’arrive plus à l’avenir».

Le gouvernement de Moustafa al-Kazimi -dans la ligne de mire des parties pro-Iran car il a longtemps tenté de leur tailler les ailes à la tête du renseignement- ne cesse d’appeler les factions armées à rendre les armes et à cesser le rançonnement aux check-points et postes-frontières. Cela pourrait avoir suscité les dernières violences à Bagdad, disent les observateurs.

(ATS/NXP)

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