Royaume-Uni - Entre Brexit et pandémie, le pays risque bien de manquer de chauffeurs routiers
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Royaume-UniEntre Brexit et pandémie, le pays risque bien de manquer de chauffeurs routiers

Actuellement, le Royaume-Uni a besoin de 100’000 chauffeurs de poids lourds, à cause de la sortie de l’UE et du Covid. Les supermarchés pourraient en pâtir.

L’association de transporteurs RHA estime le besoin actuel à environ 100’000 chauffeurs de camions.

L’association de transporteurs RHA estime le besoin actuel à environ 100’000 chauffeurs de camions.

AFP

Entre l’exode d’Européens avec le Brexit et le choc de la pandémie, le Royaume-Uni fait face à une pénurie inédite de chauffeurs routiers, menaçant pour de longs mois les livraisons, y compris dans les supermarchés. «Nous sommes en pleine tempête», s’inquiète Rob Hollyman, patron du transporteur North West Cargo. «Nous cherchons des chauffeurs dans nos trois dépôts à travers le pays.»

Sa société, qui possède 160 camions et a besoin de 15 à 30 conducteurs, transporte toutes sortes de produits, sauf du frais, mais craint de n’avoir pas les bras suffisants pour répondre à la demande, alors même que l’activité économique repart au Royaume-Uni. L’association de transporteurs RHA (Road Haulage Association) estime le besoin actuel à environ 100’000 chauffeurs de camions. La profession compte au total près de 300’000 conducteurs, qu’ils soient britanniques ou étrangers.

Pénurie de lait frais en vue

Signe des tensions, le géant danois du transport de produits laitiers Arla, qui fournit les grandes chaînes de supermarchés britanniques, a choisi de réduire ses livraisons. Il évoquait récemment, auprès de la BBC, une véritable «crise», qui prive certains consommateurs de lait frais.

«Nous sommes résignés à avoir des manques dans les rayons», prévenait, cette semaine, dans le quotidien «The Guardian», Shane Brennan, patron de la Fédération des entreprises de la chaîne du froid. «Il n’y a pas encore de pénuries dans les magasins, mais nous n’en sommes pas très loin», tempère auprès Alex Veitch, un responsable de l’Association des professionnels de la logistique, Logistics UK.

Les chauffeurs d’Europe de l’Est ne sont pas revenus

Des facteurs temporaires jouent, comme les congés d’été ou la «pingdemic» (jeu de mot entre «notification» et «pandémie»), qui contraint des travailleurs à s’isoler, car identifiés comme cas contacts du virus par l’application du système de santé public.

Mais les professionnels avertissent d’un problème plus profond, déclenché par la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni. «Beaucoup de chauffeurs des pays de l’Est sont rentrés en fin d’année dernière, pour voir comment le Brexit allait se passer. Certains ne sont pas revenus», se lamente Rob Hollyman, qui a perdu une douzaine de travailleurs pour cette raison.

50 ans de moyenne d’âge

Depuis longtemps, le secteur peine à attirer des jeunes, si bien que l’âge moyen des livreurs, avant la pandémie, était de 50 ans. Le manque de bras était alors «comblé par les Européens», souligne Alex Veitch. Sur les six premiers mois de 2020, 12’000 chauffeurs européens ont purement et simplement quitté le pays.

Et embaucher des chauffeurs européens est désormais mission impossible. Les nouvelles règles migratoires post-Brexit réservent les visas de travail aux plus qualifiés, ce qui exclut les chauffeurs poids lourds.

Un risque pour Noël

La crise sanitaire et les confinements ont en outre gelé les tests pour passer le permis poids lourds, ce qui a privé le pays d’au moins 20’000 chauffeurs britanniques, selon Logistics UK. Malgré les efforts actuels pour accélérer l’organisation de tests, la pénurie se fera sentir au moins jusqu’à début janvier. En attendant, le ministère des Transports a relevé temporairement la limite journalière de travail de neuf à dix heures.

Les entreprises s’arrachent les conducteurs: le numéro un britannique des supermarchés, Tesco, offre 1000 livres de prime (1260 francs) aux chauffeurs qui rejoindraient le groupe d’ici fin septembre. «Il y a peu de chauffeurs disponibles dans ce pays, et toutes les ressources vont dans une seule direction», à savoir les entreprises capables de payer plus, explique Rob Hollyman, patron du transporteur North West Cargo.

Un visa pour les Européens?

Le secteur pense toutefois que davantage de personnes voudront rejoindre la profession, ne serait-ce qu’en raison d’une augmentation attendue du nombre de chômeurs dans le pays, quand le dispositif de chômage partiel sera retiré, fin septembre. Le gouvernement a, lui, mis en place des mesures pour faciliter l’embauche d’apprentis ou simplifier le processus d’obtention du permis.

Mais pour Logistics UK, le seul moyen de pallier les manques serait d’accorder un visa de travail de court terme pour les Européens, à l’image de ce qui se fait dans l’agriculture pour les récoltes. «Nous aurons un automne difficile», prévoit Alex Veitch, ce qui fait planer un risque pour la période cruciale de Noël, même si les produits de première nécessité seront prioritaires en cas de problème.

(AFP)

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