Lausanne: Dialoguer pour freiner les «violences gynécologiques»
Actualisé

LausanneDialoguer pour freiner les «violences gynécologiques»

Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) met en place des entretiens de vécu d'accouchement pour offrir un espace d'écoute aux mamans.

par
apn
Le CHUV va mettre en place des consultations gratuites pour échanger avec les patientes pendant la grossesse et après l'accouchement.

Le CHUV va mettre en place des consultations gratuites pour échanger avec les patientes pendant la grossesse et après l'accouchement.

Depuis quelques années, des femmes dénoncent des actes subis durant leur suivi gynécologique et obstétrical. Quand ce ne sont pas des gestes, ce sont des propos, des pratiques et des comportements vécus comme des «violences gynécologiques». L'acuité de cette problématique a poussé la députée socialiste Carine Carvalho à demander au Conseil d'État de trouver des moyens pour remédier à ces expériences négatives. En réponse à cette interpellation, le Gouvernement a annoncé la mise en place d'une politique de prévention intitulée «Votre accouchement, parlons-en!»

Ce nouveau dispositif va être mis en place au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) pour les femmes enceintes ou qui viennent d'accoucher. L'objectif est de leur permettre d'exprimer leurs préoccupations. «Deux consultations seront proposées sans frais aux femmes et à leur partenaire avant et après l'accouchement au CHUV. C'est un espace d'écoute, de partage et d'information. L'entretien de vécu d'accouchement démarrera le 6 avril, avec possibilité de prendre rendez-vous dès maintenant», a révélé jeudi le Département de la santé et de l'action sociale.

Entretien de projet d'accouchement avec le couple

Les témoignages tirés de ces échanges seront anonymisés puis utilisés dans le cadre de la formation continue des médecins et des sages-femmes. Selon la littérature médicale, ce type d'entretien réduit de 75% le risque de stress post-traumatique des femmes qui viennent d'accoucher.

Le CHUV va également proposer dès cet été un entretien de projet d'accouchement destiné aux femmes enceintes et à leurs partenaires. Mené par une sage-femme, il permettra aux couples de parler de leurs souhaits et de leurs craintes. Enfin, dès l'automne 2020, un feuillet d'information sur l'accouchement sera remis aux femmes prévoyant d'accoucher au CHUV. Le même support d'information sera également mis à disposition des autres hôpitaux vaudois et romands.

Infos: possibilité de prise de rendez-vous par téléphone au 079 556 35 75 ou par courriel: vecu.accouchement@chuv.ch

Quand l'accouchement vire au cauchemar

En 2019, sur un total de 6840 patientes, le Service d'obstétrique du CHUV a reçu 18 plaintes dont quatre peuvent être considérées comme liées à des accouchements traumatiques. Aucune plainte ne concerne le Service de gynécologie. Selon une étude du CHUV datant de 2018, sur 186 patientes ayant accouché de manière naturelle, 15% des patientes et 17% de leurs partenaires étaient dérangés par le souvenir de l'accouchement huit ans après les faits. Et, plus inquiétant, 9% des femmes et 5% des hommes en faisaient encore des cauchemars.

Un niveau de stress élevé

Le fait de mettre au monde un enfant est perçu comme positif pour la plupart des femmes et est considéré comme un événement heureux pour la société. Pourtant, un nombre croissant de femmes ayant accouché au CHUV vivent l'accouchement comme traumatique: 63% d'entre elles souffrent d'un trouble de stress aigu une semaine après l'accouchement et 21% présentent un stress post-traumatique un mois après l'accouchement. En outre, comme l'a démontré une étude du CHUV, le risque de développer un stress post-traumatique est plus accentué chez les femmes ayant rencontré des complications obstétricales durant leur accouchement.

Ton opinion