Actualisé 06.11.2015 à 06:00

Vaud - Genève

Epidémie de gale: injustice face à l'assurance maladie

Le CHUV et les HUG doivent soigner de plus en plus de personnes atteintes. Le remboursement des frais médicaux n'est pas évident.

de
Frédéric Nejad Toulami

Les cas de gale se sont multipliés depuis 2013, avec notamment l'arrivée de nombreux migrants. On parle désormais officiellement d'épidémie dans les centres d'enregistrement et les abris PC qui accueillent ces populations.

«Il s'agit en général de demandeurs d'asile qui ont effectué un long parcours et n'ont pas toujours eu accès aux conditions d'hygiène minimales», décrit le porte-parole des HUG, Nicolas de Saussure. A Genève, ce sont surtout des Erythréens, mais ils peuvent aussi avoir contracté la gale durant leur difficile voyage ou dans un abri PC en Suisse. Un constat similaire est dressé du côté vaudois du CHUV, avec aussi des cas au sein d'immigrés afghans.

Face à cette maladie cutanée, qui touche aussi la population suisse, les individus sont inégaux face au remboursement du traitement. Comme aucune pharma indigène ne le produit, ce médicament, qui coûte des centaines de francs, doit être importé. Or, les assurances de base ne sont pas obligées de le rembourser, car l'institut Swissmedic ne l'a pas commercialisé sur le marché helvétique, selon une pharmacienne. Les assurés risquent bien de devoir le payer de leur poche. Le topo est différent pour les requérants d'asile. «Ils sont couverts dans le canton de Vaud, leur traitement est donc pris en charge, tout comme les cas de non-entrée en matière et les requérants déboutés», déclare le Dr Patrick Bodenmann, de la Policlinique médicale universitaire lausannoise (PMU). Quant aux migrants illégaux, la PMU a pour eux «un plan de paiement par mensualités adapté à leurs moyens». A Genève, l'Hospice général dit traiter le remboursement «au cas par cas avec les caisses maladie».

Un fléau qui touche aussi les Suisses

Les migrants ne sont pas les seuls infectés par la gale. «De nombreux Suisses le sont aussi, et il ne s'agit pas que de populations défavorisées avec un accès difficile à l'hygiène, tient à préciser le Dr Emmanuel Laffitte, des HUG. Cela se produit dans des lieux où règne une promiscuité; ça concerne des résidents d'EMS par exemple.» Ou des gens de retour de voyage dans des hôtels aux lits infectés. «Chaque année, des cas de gale sont signalés dans des écoles ou des garderies», rappelle le Dr Bodenmann.

Transmission possible, mais pas de panique!

Due à un acarien qui prend ses quartiers sous votre peau, la maladie est contagieuse «à travers des contacts prolongés ou des rapports rapprochés et fréquents, précise le Dr Emmanuel Laffitte. Le risque existe par exemple si vous dormez dans les mêmes draps non lavés à 60 degrés que quelqu'un d'infecté.» Ou encore si vous portez ses habits ou si vous restez longuement dans un sofa souillé. «Mais ce phénomène de gale a été constaté en Suisse avant l'arrivée des nombreux Erythréens», insiste le médecin, afin d'éviter toute stigmatisation.

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