Procès de la ZAD - Jessica Jaccoud versus Eric Cottier: le clash atterrit au Grand conseil

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Procès de la ZADJessica Jaccoud versus Eric Cottier: le clash atterrit au Grand conseil

Après une chronique assassine de la députée socialiste visant le Procureur vaudois, la direction du Ministère public saisit le Grand conseil vaudois, estimant que son indépendance est mise en péril.

par
Pauline Rumpf
L’avocate vaudoise a vertement critiqué le Procureur vaudois, qui n’a guère apprécié.

L’avocate vaudoise a vertement critiqué le Procureur vaudois, qui n’a guère apprécié.

VQH

«Une «menace contre l’indépendance du Ministère public»: voilà ce que dénonce le procureur général Eric Cottier, communément appelé le PG, auprès du Grand conseil (GC) vaudois. L’homme a rédigé lundi un courrier, que 20 minutes a pu consulter, en réponse à une attaque frontale de la députée et avocate Jessica Jaccoud dans une chronique publiée par Blick.

Les procès de la ZAD du Mormont, un baril de poudre

La semaine dernière, la présidente du Parti socialiste vaudois Jessica Jaccoud analysait dans une chronique publiée sur le site de Blick la «sacrée veste» reçue selon elle par le Ministère public (MP), désavoué par le Tribunal de police de la Côte à l’issue des procès de sept zadistes.

Ces derniers ont été soit acquittés, soit condamnés à de petites peines pécuniaires pour ne pas avoir quitté la Colline du Mormont menacée par une cimenterie d’Holcim, tandis que le MP réclamait de la prison ferme dans la plupart des cas. Eric Cottier était même descendu dans l’arène pour défendre sa position. L’enjeu, notamment autour des ordonnances rendues contre inconnu, auxquelles des oppositions anonymes avaient parfois été déposées, était en effet inédit. Des poursuites maintenues suite à une plainte pourtant retirée étaient également remises en question.

Et la présidente du PS vaudois d’embrayer sur une liste d’accusations à l’égard du PG et de sa politique jugée dépassée par la socialiste. Pour elle, le MP vaudois est trop prompt à l’enfermement, trop répressif dans le domaine des stupéfiants, et pas assez dans celui des violences domestiques et sexuelles, de la cybercriminalité ou de la délinquance financière.

«Le PG s’est ridiculisé. Il s’est pris une sacrée veste! Est-il encore à la page?»

Jessica Jaccoud, députée socialiste

Eric Cottier s’est étranglé devant une injonction formulée par la députée, qui estime qu’il doit «révoquer immédiatement les ordonnances pénales» à l’encontre des militants zadistes pas encore passés au tribunal. Le courrier répond également aux accusations de répression et de négligence, dans un exposé sur les actions du Ministère public dans différents domaines. Il rappelle l’existence de référents régionaux et de formations en matière de violence domestique et de cybercriminalité, évoque des recours contre des acquittements dans des affaires d’agression sexuelle, et relève sa prise de position récente contre une initiative PLR, pour détromper l’élue socialiste qui lui reproche sa proximité avec ce parti.

«Seule l’auteure de la diatribe peut expliquer si sa fausseté relève de l’erreur ou du mensonge intentionnel.»

Eric Cottier, Procureur général vaudois

Moins de vingt-quatre heures après la saisie du Grand conseil par le Procureur général, Jessica Jaccoud lui a répondu mardi par le biais d’une note à la presse. A l’indépendance du Ministère public, elle oppose l’indépendance parlementaire, la liberté d’expression et la nécessité de débat public. Elle dit se réjouir de l’exposé d’Eric Cottier, «qui permettra d’ouvrir le débat sur son bilan à la tête du Ministère public». En ligne de mire: l’élection de son remplaçant d’ici la fin de l’année, et la proposition de créer un organe pour superviser le Ministère public.

«C’est totalement inédit»

La missive du Procureur général a été transmise par la présidente du Grand conseil Laurence Cretegny aux députés. Le bureau s’en est saisi et siègera prochainement à ce sujet, a indiqué la PLR en début de séance.

«C’est totalement inédit, c’est pour cela que nous avons besoin de temps pour consulter les différentes lois avant d’en discuter et de décider quoi que ce soit», explique-t-elle ensuite, sans donner aucune indication sur les issues possibles de cette démarche sans précédent.

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