Genève: Errance, fellation, révolte: genèse d'un crime atroce

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GenèveErrance, fellation, révolte: genèse d'un crime atroce

Un Roumain avait tué un couple d'aînés en 2012. Il est jugé depuis ce lundi. En toile de fond, la prostitution masculine.

par
Jérôme Faas
L'immeuble du drame est situé à la rue Jean-Simonet, dans le quartier de Châtelaine, à Vernier (GE).

L'immeuble du drame est situé à la rue Jean-Simonet, dans le quartier de Châtelaine, à Vernier (GE).

AFP

«J'ai compris qu'il avait profité de moi.» Ce fut alors un déchaînement de violence. R. avait pourtant accepté de se faire sucer par un retraité, mais espérait un travail en retour: retaper son cabanon. Il n'a eu ni job ni argent, mais des insultes. Il a alors étranglé le vieil homme, puis sa femme (lire encadré). L'homme de 39 ans comparaît depuis hier au tribunal criminel pour assassinats.

R. n'a aucun penchant homosexuel et connaissait, ce soir-là, les intentions de sa future victime. Pourquoi s'être exposé à l'humiliation d'une fellation, demande la partie civile? «Il n'existe pas de plus grande humiliation que de dormir par terre et de mener une vie de clochard. Pour moi, il (ndlr: l'aîné) était comme un sauveur qui pouvait me sortir de la rue.» Une mère violente, la rue déjà, la prison pour vol en Roumanie, encore mineur, puis l'Italie, la Serbie, la Belgique où il se pose quatre ans puis qu'il quitte quand sa compagne avorte, endetté, pour un nouveau tour d'Europe.

A Genève, cet homme capable d'introspection comme peu de criminels, mais sans se chercher d'excuses, croit donc qu'il faut passer par le sexe pour bosser. Il l'avait accepté. «En montant dans sa voiture, je m'étais senti comme une pute, j'étais déjà sa propriété.» Il s'est senti trahi, il a tué, dépassé par les événements. «Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas moi-même.»

«Je viens d'un autre monde»

«Je viens d'un autre monde, la Roumanie. Ce n'est pas comme la Suisse. Ici, je vois après trois ans et demi de prison que les détenus sont traités comme des hommes normaux. Les gens s'impliquent pour leur rétablissement. Je veux devenir un homme normal.» R., prévenu de double assassinat, expliquant pourquoi il s'est investi dans sa psychothérapie.

Tuée par «colère»

Le 8 novembre 2012 au soir, R. s'est rendu chez un sexagénaire à Châtelaine, rencontré dans un parc. Après un rapport sexuel, une bagarre a débuté. R. a tué l'aîné par strangulation. Il jure n'avoir pas voulu sa mort. Il est resté dans le logement, l'a retourné. La femme du défunt est arrivée. Il l'a aussi étranglée mais elle, il admet avoir voulu l'éliminer. «J'avais la même colère en moi que pour lui, elle n'était pas encore sortie de moi.»

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