Actualisé 03.03.2008 à 11:29

Escalade de tension entre Bogota et ses voisins

L'élimination par l'armée colombienne du n°2 de la guérilla marxiste des FARC, Raul Reyes, a provoqué une escalade de tension entre la Colombie et ses voisins, le Venezuela et l'Equateur.

C'est la plus grave depuis des années dans cette région d'Amérique latine.

Après l'incursion samedi de l'armée colombienne en territoire équatorien afin de détruire un camp provisoire des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), l'Equateur et le Venezuela ont massé des troupes sur leur frontière avec la Colombie. Les deux Etats ont pratiquement rompu leurs relations diplomatiques avec Bogota.

Dimanche, le président vénézuélien Hugo Chavez a ordonné la fermeture de l'ambassade de son pays en Colombie et le rappel de son personnel diplomatique. Puis il a ordonné l'envoi de «dix bataillons à la frontière avec la Colombie», soit près de 10 000 soldats. Les forces armées vénézuéliennes soutiendront l'Equateur «jusqu'au bout», a aussi assuré M. Chavez.

Un peu plus tard, le président équatorien Rafael Correa, lui aussi classé à gauche, qui avait envoyé une délégation ministérielle enquêter sur les lieux où Raul Reyes a perdu la vie, a annoncé l'expulsion de l'ambassadeur colombien à Quito et la mobilisation de ses troupes sur sa frontière avec la Colombie.

Uribe accusé de mentir

Le numéro deux des FARC a été éliminé lors d'une incursion de l'armée colombienne dans le nord de l'Equateur, qui a causé au total la mort de 17 guerilleros.

M. Correa a qualifié de «mensonge» la version donnée par le président colombien Alvaro Uribe, qui a présenté l'opération comme une action de représailles à chaud, et accusé les militaires colombiens «d'assassinats». Il a précisé que son pays ne laisserait pas ces faits impunis.

En réponse, Bogota a accusé Rafael Correa d'avoir passé un «compromis» avec les FARC, afin de jouer un rôle de médiateur dans les échanges d'otages colombiens contre des prisonniers guérilleros.

Selon le directeur de la police colombienne, le général Oscar Naranjo, la saisie par l'armée colombienne des ordinateurs de Raul Reyes «suscite des interrogations sur l'état des relations du gouvernement équatorien avec le groupe terroriste des FARC».

«Logique de guerre»

«Les Colombiens qui oeuvrent pour la paix sont effondrés devant cette politique belliqueuse d'Uribe car la situation présente s'inscrit dans une pure logique de guerre», a estimé Carlos Lozano, directeur du journal communiste Voz.

Hugo Chavez a qualifié Alvaro Uribe de «paramilitaire», «de criminel» et de «chiot de l'impérialisme américain». Rafael Correa a traité le président colombien de «menteur» et de «tricheur».

En accord avec Hugo Chavez, le président du Nicaragua Daniel Ortega a estimé que le gouvernement colombien avait «assassiné» Reyes pour empêcher toute solution négociée au conflit qui ravage le pays depuis 40 ans.

Appel à la retenue

A Paris, le ministère français des affaires étrangères a lancé «un appel à la retenue». «Cette situation montre à quel point il est urgent de trouver une solution négociée qui passe nécessairement par le règlement de la douloureuse question des otages détenus par les FARC», a ajouté le ministère.

De son côté, la Maison Blanche s'est étonnée de «l'étrange» conduite non du président colombien mais de Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis en Amérique latine.

Raul Reyes a été tué après la libération par les FARC de six otages, depuis le début de l'année, grâce à la médiation de Hugo Chavez. Mais son élimination risque de rendre plus difficiles de futures libérations.

Selon le gouvernement vénézuélien, les FARC ont toutefois publié un communiqué où ils estiment que la mort d'un de leurs dirigeants ne doit pas affecter les initiatives en faveur des captifs. (ats)

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