haute-savoie (F) – Escalade sur le Salève: l’interdiction fache les grimpeurs
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haute-savoie (F)Escalade sur le Salève: l’interdiction fâche les grimpeurs

Les façades du massif sont condamnées à la suite d’éboulements. Les sportifs genevois jugent excessive cette mesure, qui ne dissuade toutefois pas certains de pratiquer.

par
Leila Hussein
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Au printemps, plusieurs éboulements sont survenus au Salève.

Au printemps, plusieurs éboulements sont survenus au Salève.

Bernard Wietlisbach
L’aiguille du Surplomb s’est entièrement détachée.

L’aiguille du Surplomb s’est entièrement détachée.

Bernard Wietlisbach
C’est une pierre de 60 mètres sur 20 qui est tombée il y a quelques mois. 

C’est une pierre de 60 mètres sur 20 qui est tombée il y a quelques mois.

Bernard Wietlisbach

«C’est complètement injustifié d’interdire l’escalade partout parce qu’une petite zone est infréquentable. Il existe plein de secteurs qui ne sont pas concernés par les éboulements, notamment toute la face ouest», peste Bernard Wietlisbach, célèbre grimpeur du Salève et auteur des guides d’escalade du massif depuis 1978. Comme lui, à Genève, amateurs et professionnels de la varappe sont dans l’incompréhension depuis le 20 juillet, date à laquelle la mairie de Collonges-sous-Salève a interdit la pratique de l’escalade sur tout le territoire de la commune de France voisine, après plusieurs éboulements ce printemps, dont la chute de l’aiguille du Surplomb.

Les grimpeurs bravent l’interdiction

«Genève est le berceau de l’alpinisme. Fermer le Salève sur le long terme n’est pas viable. Les grimpeurs ne vont pas arrêter d’y aller. La désobéissance montre que le problème n’est pas résolu», relève Marcellin Barthassat, architecte genevois qui arpente cette montagne de Haute-Savoie depuis 60 ans.

En effet, face à une fermeture jugée disproportionnée, nombreux sont ceux qui bravent l’interdit. «La zone touchée par les éboulements est connue pour être instable depuis longtemps. Je n’y vais plus depuis des années. En revanche, je continue de pratiquer là où j’en ai l’habitude deux à trois fois par mois», confie Théo*, qui rappelle que les chutes de pierre sont un risque inhérent à l’activité.

Elèves privés de leur terrain d’entraînement

Si, à titre personnel, beaucoup continuent d’escalader les parois du massif mondialement reconnu comme école d’escalade, pour les clubs, impossible de passer outre l’arrêté de la municipalité française. Une situation source de frustration. «On avait pour habitude de faire nos formations là-bas. C’est un immense terrain de grimpe pour les Genevois. On y est très actifs habituellement. C’est regrettable», confirme Adrien Besson, coordinateur activités et formations à la section carougeoise du Club alpin suisse.

Ce dernier a d’ailleurs dû renoncer aux sorties en fin de journée, faute de sites assez proches. «Il faut compter environ une heure pour se rendre au spot le plus près», explique le responsable, qui a délocalisé ses cours en salle, à Chamonix ou à la Colombière.

Impatience grandissante

Dans le magasin de sports de montagne où il travaille, Bernard Wietlisbach constate une impatience grandissante chez les amoureux de varappe. Une question est sur toutes les lèvres. Quid de l’avenir de l’escalade sur le Salève? Malgré nos multiples tentatives, la maire de Collonges-sous-Salève, Valérie Thoret-Mairesse, n’a pas répondu à nos sollicitations. Toutefois, le secrétariat de la Municipalité, contacté jeudi, nous a indiqué ne pas avoir de nouvelles concernant l’analyse géologique actuellement en cours. Les résultats devaient tomber fin septembre. «Le monde de la grimpe est dans l’attente de la suite à donner à cette décision», conclut Jean-Pierre Keller, préposé aux courses de la section genevoise du Club alpin suisse.

*prénom d’emprunt

Crainte de fermeture définitive

«On comprend la nécessité de faire des analyses géologiques. Ce que nous redoutons beaucoup, c’est que le site ferme pendant deux ans sous prétexte qu’il y a des sondages», s’inquiète Adrien Besson. Une crainte partagée par Marcellin Barthassat. «En France, beaucoup de zones sont menacées de fermeture, car les autorités sont considérées comme responsables s’il y a un accident sur leur commune. Alors les maires interdisent l’accès pour se couvrir, comme c’est le cas ici. Mais le risque zéro n’existe pas en alpinisme.» Selon lui, il est donc nécessaire de changer d’approche afin d’éviter d’en arriver à des décisions extrêmes. «Avec le changement climatique, demain il y aura d’autres éboulements et d’autres chutes de pierre. Ça ne va pas s’arrêter là. Il faut redéfinir notre rapport à la nature et trouver une manière d’intégrer l’escalade en bonne intelligence dans ce nouveau cadre.»

Assurés sous certaines conditions

Si beaucoup de grimpeurs font fi de l’interdiction de gravir le Salève, «d’autres préfèrent ne pas y aller. Ils ont peur de ne pas être couverts par l’assurance», relève Bernard Wietlisbach . En Suisse, la pratique de l’escalade est couverte par l’assurance accident. «Mais, dans la mesure où il s’agit d’une activité qui dépend de facteurs extérieurs, par exemple l’équipement, la météo ou encore le niveau de formation, elle peut toutefois être qualifiée d’entreprise téméraire relative si les règles de sécurité de base ne sont pas respectées», explique Jean-Luc Alt, porte-parole de la Suva. Ce dernier confirme d’ailleurs que gravir un massif sous le coup d’une interdiction fait partie des transgressions susceptibles de limiter les prestations d’assurance.

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