Actualisé 31.10.2018 à 11:19

Tribunal de Lausanne«Escroc» va coûter 31'000 fr à l'ex-boss de Nespresso

Le Vaudois Jean-Paul Gaillard a accepté mardi de verser une indemnité à un ex-associé français avec lequel il est à couteaux tirés depuis une décennie. Il l'avait traité d'escroc.

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apn
Jean-Paul Gaillard, ex-patron de Nespresso, et un ancien associé sont devenus des ennemis irréductibles qui occupent les tribunaux.

Jean-Paul Gaillard, ex-patron de Nespresso, et un ancien associé sont devenus des ennemis irréductibles qui occupent les tribunaux.

Mise impeccable de pied en cape, l'œil torve, l'octogénaire voûté se redresse sur sa chaise et savoure l'instant. Son plus grand ennemi et ancien associé Jean-Paul Gaillard, qui lui avait craché le mot escroc devant un procureur, ravale tout. L'ex-patron de Nespresso et d'Ethical Coffee Compagny a présenté des excuses à l'homme d'affaires français Jacques Colignon mardi au Tribunal de Lausanne. Accusé de calomnie voire diffamation, le sexagénaire vaudois a battu sa coulpe. «Le mot était déplacé. Je m'engage à verser au plaignant une indemnité de 30'000 francs dans les dix jours si c'est le prix de la paix. J'en ai marre», a capitulé celui qui est désormais basé au Canada où il dirige une société spécialisée dans la commercialisation du cannabis sans THC. Mais la partie adverse n'a pas lâché le morceau pour autant. Me Tania Huot a demandé 1'000 francs de plus. «Là, on est sur la place du marché. Je propose 30'500 francs. Non, je rigole. Allons-y pour 31'000 fr. J'en ai marre», a réagi l'accusé, agacé et sarcastique.

«Je maintiens ma plainte»

Ayant jusque-là patiemment mais vainement déployé son énergie pour que les deux parties privilégient la conciliation à l'action pénale, la présidente Valérie Favre a demandé au Français s'il acceptait de retirer sa plainte, à présent que le prévenu lui a présenté des excuses et a accepté de lui verser une indemnité. «Je doute de la sincérité de son repentir. Je maintiens ma plainte», a réitéré l'octogénaire avec opiniâtreté. Pour son avocate, le mea culpa de l'accusé n'est qu'un stratagème. «Il a fait un petit pas de fourmi dans le but d'atténuer la peine qui va lui être infligée», a minimisé Me Tania Huot. L'avocate a ensuite renchéri: «Un homme de 84 ans élevé dans des principes de rectitude et d'honorabilité a été accusé d'être un escroc et d'avoir manipulé le cours des titres d'une société. Ce sont des propos attentatoires à l'honneur.»

Avocat de Jean-Paul Gaillard, Me Alain Vogel a évoqué une instrumentalisation de la justice par la partie adverse. «On n'est pas dans une guerre entre deux hommes qui se détestent. Il y a un acharnement hors du commun pour détruire mon client. Lui, il a tourné la page. Il négocie des contrats à l'étranger. Toutes les procédures le visant émanent d'une seule et même personne», a-t-il plaidé. Ce qui a incité la partie adverse à répliquer pour s'insurger en faux contre cette déclaration.

Le Tribunal rendra son verdict par écrit la semaine prochaine.

En cas de calomnie, la peine peut atteindre 3 ans de prison. En ce qui concerne la diffamation, le code pénal prévoit un maximum de 180 jours-amende. C'est d'ailleurs cette dernière qualification juridique qui a été requise par le procureur Anton Rüsch. Absent des débats, il a demandé par écrit à ce que l'accusé soit condamné à 30 jours-amende, en raison de 300 fr par jour.

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