Actualisé 03.10.2006 à 19:48

«LE PARFUM: HISTOIRE D'UN MEURTRIER»Et si l'essence des femmes tenait dans un flacon?

Difficile et intrigante adaptation du chef-d'œuvre éponyme de l'écrivain allemand Patrick Süskind, paru en 1985.

Le réalisateur de «Cours, Lola, cours» s'attaque à une montagne littéraire et en accouche d'un film étrange, inquiétant. Il donne le ton dès les premières images du film: saccadées, sales, repoussantes, suintant la puanteur. Au milieu de ces étals de poissons naît Jean-Baptiste Grenouille (Ben Whishaw), Grenui en bon anglais, en 1744. Immédiatement, son odorat photographie chaque détail de ses premiers instants en ce bas monde. Son pouvoir olfactif le différenciera toute sa vie. Ultradéveloppé, à la limite du paranormal, celui-ci devient vite une obsession.

Un soir, une rencontre féminine va accélérer sa folie (en est-ce seulement une?) et le pousser dans ses retranchements olfactifs. Abasourdi par l'odeur de cette femme à la chevelure rouge vif, Jean-Baptiste n'aura plus qu'un seul but dans sa vie: apprendre à garder les odeurs et transformer la beauté de la femme en une fragrance idéale.

Acteur au talent vertigineux, Ben Whishaw («Mauvaise passe» et «Layer Cake») semble ne pas appartenir au genre humain. Avec une aisance dérangeante et grandiose, cet acteur de théâtre de 16 ans plonge le spectateur dans son monde parfumé d'essences de femmes et de meurtres. Monstre ou animal? Génie ou fou furieux? Le jeune acteur britannique semble porter sur lui ce rôle, qui en aurait effrayé plus d'un. Johnny Depp et Orlando Bloom avaient été pressentis un moment.

Côté réalisateur, Patrick Süskind ne voulait entendre parler de personne d'autre que de Stanley Kubrick. Ce dernier s'est alors penché sur le scénario – de même que Martin Scorsese et Milos Forman – mais a décidé qu'il était trop risqué d'adapter ce genre de livre. Tim Burton et Ridley Scott ont également approché le projet.

Tom Tykwer a ainsi relevé le difficile pari de porter à l'écran autant d'odeurs et de folie. Pari ni réussi ni raté. Parce qu'après tout, malgré un casting irréprochable, ça sent un peu le soufre dans la seconde moitié du film, qui traîne en longueur. Et pour les mauvais élèves qui n'ont pas lu le livre (ce n'est pas grave, beaucoup vous diront l'avoir lu, mais ils mentent, ne vous inquiétez pas!), la fin atteint de telles hauteurs de bizarrerie qu'il est possible de décrocher. Et si l'on n'aime pas cet univers inquiétant, la scène de partouze finale, où prêtre, paysannes et bourgeois se mélangent, tous euphoriques, vaut le détour.

Elsa Duperray

De Tom Tykwer, avec Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman

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