Santé: Et si la Suisse adoptait elle aussi un «congé menstruel»?
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SantéEt si la Suisse adoptait elle aussi un «congé menstruel»?

L’Espagne envisage d’instaurer dans la loi un congé en ce sens pour les femmes souffrant de règles particulièrement douloureuses. La présidente de la JS demande que la Suisse suive.

Pexels/Polina Zimmerman

La décision serait une première en Europe: en Espagne, le gouvernement de gauche envisage d’instaurer dans la loi un «congé menstruel» pour les femmes souffrant de règles particulièrement douloureuses. Cette mesure pourrait figurer dans un projet de loi sur l’avortement visant à consolider le droit à l’interruption volontaire de grossesse et les droits reproductifs et qui devrait être adopté mardi en Conseil des ministres. Seuls des pays comme le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, l’Indonésie ou la Zambie ont des lois comparables.

Le projet espagnol fait déjà réagir en Suisse. Ainsi la présidente de la Jeunesse socialiste Ronja Jansen demande à son tour que la Suisse autorise le «congé menstruel». Selon elle, le retard à combler dans ce domaine est énorme dans notre pays. En outre, il ne s’agit pas de vacances pour les femmes. Il s’agit plutôt de lutter contre la stigmatisation envers les femmes, estime la politicienne auprès de «20 Minuten». 

Fossé «flagrant» avec la Suisse

Pour rappel, le National vient de débattre cette semaine l’idée de classer les produits d’hygiène féminine dans la liste des biens de première nécessité afin qu’ils bénéficient d’un taux de TVA réduit. Le fossé est donc «flagrant» entre la Suisse et l’Espagne, selon Ronja Jansen. «Cela montre à quel point la Suisse est à la traîne», estime-t-elle.

L’idée de la jeune socialiste bénéficie du soutien de la conseillère nationale Tamara Funiciello (PS/BE). Les menstruations et l’endométriose sont un sujet tabou, relève-t-elle. «Toute la société s’oriente vers les personnes qui n’ont pas leurs règles». Raison pour laquelle il doit y avoir un changement dans l’ensemble du monde du travail, prône-t-elle.

«Personne n’ose se déclarer malade»

Car la pression sur le marché du travail est telle en Suisse que presque personne n’ose se déclarer malade - que ce soit une femme ou un homme. «Si en plus on fait valoir des douleurs menstruelles, c’est encore plus mal compris», estime-t-elle. Résultat: les femmes qui souffrent pendant leurs règles se battent pour passer la journée en avalant des médicaments, explique-t-elle. Elle prône donc un climat de travail dans lequel les employés – quel que soit leur sexe – restent à la maison lorsqu’ils sont malades ou ne se sentent pas bien.

Évidemment, son opinion n’est de loin pas partagée à droite. Selon la conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU), une telle loi est non seulement inutile en Suisse, mais elle créerait des problèmes supplémentaires en matière d’égalité. «La modification de la loi souhaitée par l’Espagne serait une discrimination supplémentaire pour les hommes en Suisse», estime-t-elle.

Des jours de vacances en plus

Les femmes souffrant d’endométriose devraient plutôt en discuter directement avec leur employeur et, le cas échéant, chercher des solutions, selon elle. «Jusqu’à présent, les femmes ont pu gérer leurs problèmes et leurs douleurs. Elles continueront à le faire – même sans loi», explique la politicienne UDC. «Le congé menstruel pourrait aussi avoir pour conséquence que certaines se verraient sans doute accorder des jours de vacances en plus».

La conseillère nationale Susanne Vincenz-Stauffacher (PLR/SG) y voit un autre problème: les femmes sont déjà reléguées au second rang sur le marché du travail. Avec le congé menstruel en plus, elles risquent de l’être encore plus, les employeurs ne voulant pas courir le risque d’avoir des employées qui manquent 5 jours tous les mois, craint-elle.

La mesure divise en Espagne aussi

En Espagne, le projet de loi, élaboré par le ministère de l’Égalité, prévoit que la durée du congé menstruel serait de trois jours, avec la possibilité de le prolonger de deux jours supplémentaires en cas de symptômes aigus, sur la base d’un certificat médical. «Il est important de préciser ce que sont des règles douloureuses: nous ne parlons pas d’un léger inconfort, mais de symptômes graves tels que diarrhées, maux de tête sévères et de la fièvre», avait précisé début avril la secrétaire d’État à l’Égalité.

Mais l’initiative fait débat. Certains ministres, même chez les socialistes, sont réticents, par crainte qu’une telle mesure, en raison de son coût élevé, ne soit en fait contre-productive, en «stigmatisant» les femmes et en aboutissant à privilégier le recrutement de salariés masculins. Du côté des syndicats aussi, on s’inquiète des possibles effets indirects de la mesure sur l’accès des femmes au marché du travail. «Plus que d’un congé, ce dont nous avons besoin, c’est de la reconnaissance de notre handicap, dans les cas évidemment où ce handicap existe», a déclaré de son côté la responsable de l’Association des victimes de l’endométriose.

(Marino Walser/cht)

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