Suisse: Et si une canette de bière coûtait 28 centimes?
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SuisseEt si une canette de bière coûtait 28 centimes?

Le parti indépendant alémanique UP! souhaite supprimer l'impôt sur la mousse. Les experts de la prévention de l'alcoolisme s'émeuvent.

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dp/dmz
Andy Jenk, à droite, et ses collègues de partis veulent faire baisser le prix de la bière.

Andy Jenk, à droite, et ses collègues de partis veulent faire baisser le prix de la bière.

A l'heure actuelle, on peut s'offrir un demi-litre de bière pour 45 centimes dans certains magasins. Sur cette somme, jusqu'à 17 centimes finissent dans les caisses de l'Etat. C'est trop pour le parti indépendant UP!, actif dans les cantons de Zurich et Thurgovie, qui veut, via une initiative populaire, purement et simplement supprimer l'impôt sur la bière. Pour 100 litres de bière produite ou importée, environ 25 francs sont encaissés par la Confédération (lire encadré).

«Cette taxe est un exemple parfait des dérives de la bureaucratie», s'exclame Andy Jenk, directeur de campagne du parti et candidat aux élections fédérales dans le canton de Zurich. Chaque année, cet impôt rapporte près de 100 millions de francs (ndlr: 113 millions en 2014) «et beaucoup ne savent même pas qu'il existe. Il prend en otage les consommateurs et représente un surplus de bureaucratie et des dépenses inutiles pour les brasseurs», poursuit-il.

L'impôt sur la bière est «une relique des temps anciens», analyse Andy Jenk. En 1935, la crise économique européenne a incité le Parlement a introduire une taxe sur toutes les boissons (alcoolisées ou non). En 1937, elle a remplacée par celle que critique le parti.

«Producteurs harcelés»

Marcel Kreber, directeur de l'Association suisse des brasseries, accueille cette idée avec enthousiasme: «Le fait est que les producteurs de bière sont harcelés politiquement et de manière répétée», s'exclame-t-il, citant notamment les interdictions de faire de la publicité dans le canton d'Obwald, les restrictions de vente selon l'horaire dans le canton de Vaud ou la discussion toujours en cours au Parlement, qui prévoit une interdiction générale de vente entre 22h et 6h.

Plus pragmatique, la brasserie La Nébuleuse, à Renens (VD), y voit un bon moyen de faire baisser ses coûts de production: «Pour nous, cette taxe représente une somme à peine inférieure que celle que nous investissons dans le packaging. Cela serait un sacré coup de pouce, qui nous permettrait de baisser un peu nos prix», déclare son co-fondateur Arthur Viaud. «Mais les grands gagnants seraient sans doute les grands groupes, pour qui l'impôt représente des sommes plus grandes que les matières premières.»

Mais Ralf Schröder, du groupe d'intérêt des brasseries indépendantes, est plus sceptique: «L'abandon de cette taxe pourrait signifier la création d'autres impôts plus élevés, comme c'est le cas sur les spiritueux (ndlr: que le Parlement souhaite diminuer pour les petits producteurs locaux). Cela nous mettrait en mauvaise posture face à la concurrence des brasseurs étrangers», avance-t-il. En gros, Berne risque bien de vouloir récupérer son dû d'une autre manière. Une crainte que partage La Nébuleuse.

«Moins chère est la bière, plus les jeunes la boiront»

Le président de la Croix-Bleue et conseiller national Philipp Hadorn (PS/SO) rejette pour sa part la proposition: «Les jeunes sont extrêmement sensibles au prix de l'alcool. Déjà maintenant, on peut se payer un coma éthylique pour 4,50 francs. Alors si le prix baisse encore, imaginez le résultat!» En 2010, les coûts sociaux et sanitaires de la consommation d'alcool se sont montés à 4,2 milliards, rappelle-t-il, et cela ne ferait qu'empirer les choses. «Je pense même qu'il faut augmenter cet impôt, ne serait-ce que pour protéger la jeunesse.»

Même son de cloche pour Addiction Suisse, qui ajoute que le «fardeau de la taxe sur la bière est bien moins lourd en Suisse qu'ailleurs. Et moins chère est la bière, plus les jeunes la boiront!», s'émeut sa porte-parole Monique Portner-Helfer.

Et du côté de l'Administration fédérale des douanes, on estime que l'abandon de la taxe sur la bière diminuerait des recettes fiscales «dont les caisses de l'Etat ont bien besoin. Et en considérant qu'elle se monte à en moyenne 6,5 centimes par verre de 3 dl., la pression sur le consommateur n'est pas grande», écrit-elle.

Comment ça marche?

Le fabricant local est soumis directement à la taxe. Pour les bières étrangères, c'est le distributeur qui doit payer. Mais au final, c'est le consommateur qui paie, car l'impôt a une incidence sur le prix de vente.

L'impôt sur la bière se calcule d'après la teneur en sucre du moût d'origine (en degré Plato):

Bière légère: 16,88 francs par hectolitre

Bière normale ou spéciale: 25,32 francs par hectolitre

Bière forte: 33,76 francs par hectolitre

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