Syrie: Etat de siège à Hama, onze civils tués

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SyrieEtat de siège à Hama, onze civils tués

La répression gouvernementale a été forte dans la ville assiégée de Hama, en Syrie.

Les forces de sécurité syriennes ont à nouveau sévi brutalement dans le nord de la ville assiégée de Hama, où onze civils ont péri mardi. La population de cette ville du centre de la Syrie a entrepris d'ériger des barricades de sacs de sable et de pneus pour faire face à un éventuel assaut de l'armée.

Théâtre vendredi d'une immense manifestation anti-régime, cette ville de plus de 600'000 habitants, située à 210 km au nord de Damas, est cernée par l'armée, ont rapporté des militants des droits de l'Homme.

«Onze personnes ont été tuées par les tirs de la sécurité syrienne et plus de 35 autres ont été blessées», a affirmé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, citant des sources médicales. Selon lui, un jeune homme a été également retrouvé égorgé dans le fleuve Oronte.

Le Comité arabe de défense de la liberté d'expression a déclaré pour sa part que «des civils» avaient été tués à Hama, et fourni les noms de trois d'entre eux. «D'intenses coups de feu ont été entendus dans plusieurs quartiers», ont dit d'autres militants.

Soutien aux jeunes

Des chars ont pris position autour de la ville du centre-ouest du pays, caractérisée par ses «norias», grandes roues à eau en bois utilisées à l'origine pour acheminer l'eau dans la ville et dans les champs. Les tirs des forces gouvernementales mardi se sont concentrés sur deux quartiers au nord de l'Oronte qui partage la cité en deux.

«Les habitants sont mobilisés, ils ont pris la décision de défendre jusqu'à la mort leur ville pour ne pas permettre à l'armée d'y entrer», selon M. Abdel Rahmane.

Redoutant l'entrée des soldats dans la ville, des centaines de jeunes gens ont jeté en travers des rues du centre des pneus enflammés, des poubelles ainsi que des morceaux de bois et des pièces de métal. Les habitants ont marqué leur soutien aux jeunes en scandant «Allah est le plus grand» du balcon de leurs maisons.

Lourd tribut

Hama a connu certaines des plus grandes manifestations contre le pouvoir du président Assad depuis le début du mouvement de contestation à la mi-mars.

Vendredi dernier, pas moins de 150'000 personnes, soit près d'un habitant sur quatre, ont manifesté leur hostilité au régime. Mais Hama a payé un lourd tribut voici un mois: au moins 60 manifestants tombaient sous les balles des forces de sécurité, selon des opposants.

Lundi encore, des agents des forces de sécurité ont fait irruption dans certains quartiers et abattu trois personnes, parmi lesquelles un homme dont le corps a été jeté dans le fleuve Oronte et un garçon de 13 ans.

Le souvenir de 1982

Hama fut également le théâtre d'un soulèvement islamique en 1982, durement réprimé par les forces de sécurité alors que le pays était dirigé par Hafez al Assad, père de l'actuel président. Le bilan de la répression n'a jamais pu être précisé, mais il a pu atteindre 30'000 morts.

La France a de nouveau dénoncé la répression «inacceptable» menée par les forces de Bachar al Assad et elle a invité le Conseil de sécurité de l'Onu à faire entendre sa voix.

Lieu symbolique

«Assad va sans doute attendre de voir si les grandes manifestations continuent ou non à Hama. Il sait que donner l'assaut contre des manifestations pacifiques dans un lieu symbole comme Hama lui coûterait le soutien de Russie et de la Chine», a déclaré un opposant syrien en exil à Washington, Mohammad Abdallah.

La Chine et la Russie se sont opposées à une résolution proposée au Conseil de sécurité par l'Occident contre la Syrie, ce qui a permis au président syrien de ne pas être totalement isolé sur la scène internationale.

Selon M. Abdallah, le recours aux chars dans Hama «discréditerait totalement» l'engagement pris par Assad de nouer un dialogue avec les opposants. L'armée et les blindés ont déjà donné l'assaut à des villages et des villes de la région de Djabal la Zaouia, au nord de Hama, a-t-il précisé.

La répression du mouvement de contestation qui a éclaté le 15 mars en Syrie a coûté la vie à plus de 1300 civils et poussé des milliers de Syriens à fuir, selon des ONG.

(ats/afp)

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