Vaud - Étiqueter les élèves conducteurs pour limiter les accidents de la route
Publié

VaudÉtiqueter les élèves conducteurs pour limiter les accidents de la route

Un moniteur d’auto-école a imaginé une catégorisation des novices visant à réduire le nombre d’accidents lors de formation. Pas encore reconnu par les autorités, son concept interroge.

par
Lauren von Beust
Ce «toblerone» lumineux est aimanté. Son créateur le teste depuis trois semaines sur sa voiture. Il allume le niveau correspondant à celui de son élève.

Ce «toblerone» lumineux est aimanté. Son créateur le teste depuis trois semaines sur sa voiture. Il allume le niveau correspondant à celui de son élève.

DR

Pour signaler qu’un conducteur est en formation, il y a lieu de fixer à l’arrière du véhicule un «L» blanc sur un fond bleu. Si cet étiquetage a été instauré en Suisse en 1962, pour Patrick Monbaron, moniteur d’auto-école, ce signal n’est «pas suffisant». «Je me bats pour que les automobilistes comprennent qu’il faut arrêter de coller les élèves conducteurs sur la route. C’est une source de stress pour ces derniers, et en stressant, ils n’apprennent rien. Sans compter qu’on me fait deux à trois coffres par année!» confie celui qui déplore le non-respect de la distance de sécurité.

Trois couleurs, trois niveaux

Pour limiter les accidents, celui qui exerce dans l’Ouest lausannois a imaginé un «toblerone» lumineux à LED indiquant le niveau des élèves sur la base de trois couleurs: rouge, orange et vert, soit respectivement le niveau débutant, intermédiaire et avancé. Breveté il y a un an, son concept n’a pas encore été reconnu par les autorités. Mais depuis trois semaines que le Vaudois l’a fixé sur le toit de son véhicule, il voit la différence: «Quand on sort avec le «L» rouge, il y a deux fois la distance requise entre l’automobiliste et notre voiture. Les gens sont beaucoup plus tolérants et font plus attention», note celui qui accompagne entre 10 et 15 élèves. Patrick Monbaron confie même avoir déjà croisé la police, sans pour autant qu’elle lui demande d’enlever son attirail.

Respecter la distance

Selon la «règle des deux secondes», sur la route, la distance par rapport au véhicule qui précède devrait être au moins égale à la distance parcourue en deux secondes. De même, la distance en mètres entre deux voitures doit être au moins égale à la moitié de la vitesse en km/h affichée par le compteur. C’est la «règle du demi-compteur». À 120 km/h, par exemple, la distance de sécurité doit être d’au moins 60 mètres. Cette règle correspond à la distance parcourue en 1,8 seconde.

Manque de considération

Selon l’Office fédéral des routes, sur un total de 48’662 accidents de la route en 2020, 1631 impliquaient au moins un véhicule avec un élève conducteur, et 12 d’entre eux ont été mortels. Depuis cinq ans, en moyenne 500 accidents annuels surviennent sans que l’élève conducteur en soit le principal responsable. Michael Gehrken, président de l’Association suisse des moniteurs de conduite (ASMC), reconnaît que «le manque de considération pour les autres sur nos routes est, de manière générale, l’un des principaux problèmes».

Ce dernier observe au contraire que «les autres usagers de la route font preuve d’une certaine considération» lorsqu’ils croisent des élèves en formation. Quant à remettre en question le mode d’étiquetage des apprentis conducteurs, Michael Gehrken estime que «remplacer notre «L» blanc par plusieurs signes de couleurs pourrait prêter à confusion, sachant que l’actuel est universellement connu et accepté». «Il conviendrait d’examiner plus en détail une telle mesure. L’ASMC n’est pas opposée à d’éventuelles expériences», ajoute son président.

Moniteur de conduite fraîchement retraité, Yann Monayron, qui a exercé pendant plus de quarante ans dans le canton de Vaud, se montre, quant à lui, réticent face à un tel dispositif, persuadé que les automobilistes ne seront pas plus tolérants avec ce système: «À mon avis, si ces derniers voient que le «L» est rouge, ils s’empresseront de dépasser cette voiture!» Lui peut compter sur les doigts d’une main les accidents survenus au cours de sa carrière.

Étiqueter les élèves

Les novices, eux, accepteraient-ils d’être ainsi catégorisés? Nikita, qui a commencé des cours de conduite il y a peu, voit ce système d’un bon œil. Elle ne craint pas la stigmatisation. «Ça permettrait de faire déstresser l’élève et je pense même que ça peut le booster dans son apprentissage. Avec plusieurs paliers, il voit les progrès qu’il fait», confie la jeune femme de 18 ans, domiciliée dans le canton de Fribourg.

Eva, 22 ans, croit elle aussi au potentiel de ce signal lumineux. Stressée lorsqu’un véhicule roule trop près du sien, cette Vaudoise préférerait même être catégorisée, si cela peut encourager les expérimentés à être plus compréhensifs envers ceux qui apprennent.

Sur quelle échelle?

Patrick Monbaron rappelle que cette classification à trois couleurs respecte une échelle prédéfinie par l’apprentissage, basée sur les 12 cours de formation: «La bannière rouge caractérise la découverte de la partie technique du véhicule. Ensuite, lorsque l’élève maîtrise la boîte de vitesses et l’embrayage, qu’il sait freiner et qu’il applique le RTI (Rétroviseur-Tête-Indicateur), on passe à la bannière orange. Et ce n’est que lorsqu’il sait rouler sur l’autoroute et effectuer diverses manœuvres que l’on sort avec la bannière verte.»

Ton opinion

200 commentaires