Voile: «Etre aventurier ne veut pas dire risquer sa vie»
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Voile«Etre aventurier ne veut pas dire risquer sa vie»

Yvan Bourgnon en a terminé avec son défi fou de relier l'Alaska au Groenland à la voile. Il va désormais se consacrer à son immense projet écologique.

par
Oliver Dufour
Lausanne
Le navigateur chaux-de-fonnier était soulagé de retrouver son petit Tao et son épouse Géraldine au terme de son périple.

Le navigateur chaux-de-fonnier était soulagé de retrouver son petit Tao et son épouse Géraldine au terme de son périple.

Pierre Guyot

De retour à Lausanne cette semaine, le marin chaux-de-fonnier n'a pas arrêté de raconter ses folles aventures dans le Grand Nord à tous ceux qui veulent les entendre. Alors qu'il se réhabitue à la vie terrestre et qu'il retrouve le bon usage de ses jambes quelque peu atrophiées après avoir manqué de mouvement durant plus de deux mois en mer, l'aventurier va prendre du temps en famille avant de penser à de nouveaux défis. Et surtout mettre son énergie dans le nettoyage des océans.

Vous voilà de retour sur la terre ferme, qu'est-ce que ça fait?

«J'ai du mal à réaliser ce qui m'arrive depuis mon retour. Tout ce confort, toute cette attention, c'est un peu bizarre parce que je suis plus habitué à lutter et à rester en mode survie pour avancer. Mais je suis vraiment heureux de retrouver ma femme et mon fils Tao, qui a trois mois. Ils m'ont tellement apporté et aidé dans les moments durs… Ça fait du bien.»

Des moments durs, vous en avez connus, c'est le moins qu'on puisse dire...

«C'était un défi sacrément durci, beaucoup plus dur que ce que j'avais prévu. J'étais parti pour faire 45 jours de navigation, ça a duré 70 jours! Et surtout le supplément s'est passé en septembre, là où on m'avait complètement interdit de naviguer. Là-bas septembre c'est l'hiver, c'est le retour de la nuit, donc on navigue dans le noir entre les glaçons, c'est le retour des tempêtes. J'en ai eu une sérieuse avec des vents à 130km/h. C'est une navigation dangereuse dans la mer de Baffin, qui est très hachée à cette période, donc ce n'était pas très sérieux ou raisonnable d'y être à ce moment-là. Mais je n'avais vraiment pas envie d'abandonner.

Si c'était à refaire, vous vous seriez préparé différemment?

C'est clair. C'est comme les alpinistes qui se font surprendre par la tempête dans la haute montagne: ils n'ont pas envie d'y retourner dans les mêmes conditions. Ça aurait pu très bien se passer si j'avais pu enchaîner dans des conditions météo disons normales, je serais revenu plus vite et peut-être que j'aurais eu moins de choses à vous raconter, finalement. Je suis content de l'avoir fini et je reste un explorateur avant tout, donc j'ai de toute façon l'habitude de ne pas faire deux fois la même chose.

Ça veut dire que vous avez tout de même encore le goût de repartir pour de nouveaux projets?

Oui, tout à fait. Je reste un aventurier avant tout. Mais là j'ai vraiment pris conscience de ce qu'était la peur, du fait que j'avais grillé quelques jokers. Je sais que j'ai beaucoup de chance d'être revenu en vie. L'aventure ça ne veut pas dire forcément prendre des risques avec sa vie et son intégrité physique à chaque fois, donc il y a plein de défis inédits à réaliser, d'aventures à vivre sans forcément que ça soit au péril de sa vie. Là j'ai fait ce que je pouvais faire de plus grand, de plus extrême, de plus dangereux. Maintenant je continuerai à naviguer, mais sur de plus grands bateaux et des défis plus raisonnables.

Votre principale occupation à partir de maintenant sera l'opération The Sea Cleaners. Rappelez-nous comment ça se présente.

On a lancé ce projet il y a un an et demi. L'idée était de concevoir et de mettre à l'eau le premier voilier hauturier à ramasser les déchets en plastique en mer. Toute l'équipe, une trentaine de personnes, a travaillé dur et nous allons pouvoir vous proposer les premiers plans du bateau avant la fin de l'année. On va poursuivre notre levée de fonds pour pouvoir financer ce projet (ndlr: avec un budget d'environ 20 millions de francs), avec l'espoir de construire ce bateau, qui sera le plus grand multicoque du monde, en 2020 et ainsi permettre de nettoyer une bonne partie des océans. Nous n'avons pas encore de partenaire en Suisse, mais nous allons poursuivre nos recherches.

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