Actualisé 04.04.2008 à 07:28

Eveline Widmer-Schlumpf ne cède pas aux pressions de l'UDC

Eveline Widmer-Schlumpf ne démissionnera pas du Conseil fédéral. Elle ne quittera pas non plus l'UDC.

Absolument pas impressionnée par l'ultimatum de son parti, la conseillère fédérale grisonne a au contraire relevé jeudi devant les médias la vague de soutien qui la porte.

«J'entends continuer à représenter les idées traditionnelles de l'UDC au gouvernement. L'Assemblée fédérale m'a donné un mandat. Je me dois de remplir ma mission même si la tâche n'est pas facile», a- t-elle dit debout devant la porte de son bureau du Palais fédéral, pressée par des dizaines de journalistes.

«Etonnée» de son élection le 12 décembre, la nouvelle conseillère fédérale n'a encore jamais refusé ses responsabilités. Balayant les accusations de complot d'un revers de la main, Mme Widmer-Schlumpf a affirmé qu'elle allait continuer son travail.

Bientôt les 100 jours

Elle attend même avec impatience le moment de tirer un premier bilan de son action politique après cent jours au gouvernement le 11 avril. Elle pourra se situer politiquement et dire ce qu'elle juge important pour la Suisse et son département.

La conseillère fédérale n'envisage pas le cas où l'UDC grisonne l'excluerait de ses rangs. L'UDC suisse l'a exigé d'ici au 11 avril justement, sans quoi la section risque d'être elle-même exclue du parti suisse qui en créerait une nouvelle dans le canton, sur la ligne du parti suisse.

Incarner les valeurs de l'UDC

Cette option n'entre pour l'instant pas en ligne de compte, selon elle: «Nous devons attendre ce qui va se passer». La nouvelle ministre est membre de ce parti depuis 30 ans: elle ne voit pas de raison de le quitter. Les valeurs traditionnelles de l'UDC restent les siennes. Elle entend les incarner comme elle l'a toujours fait: avec «bienséance, respect et tolérance».

La conseillère fédérale est d'autant plus à l'aise qu'elle a reçu des soutiens de la part des citoyens, d'élus, de gouvernements cantonaux, du Conseil fédéral et même de membres de l'UDC. On lui a demandé de ne pas se laisser intimider.

Au terme de sa séance hebdomadaire mercredi, le Conseil fédéral a en effet apporté son soutien à sa nouvelle collègue, critiquant par ailleurs sévèrement le procédé grossier adopté par l'UDC. Jeudi, sa collègue Micheline Calmy-Rey en a remis une couche: les menaces qu'a reçues la ministre de la justice constituent «une attaque contre l'ensemble du collège et sont inacceptables».

Large solidarité

Les autres partis politiques se disent indignés par la pression exercée par l'UDC. Que l'UDC veuille l'exclure de ses rangs est une chose, estiment les radicaux et les socialistes. L'UDC est libre de faire ce qu'elle veut, même si cela concerne un membre du gouvernement. La procédure choisie est par contre des plus étonnantes, selon eux.

L'exclusion de la conseillère fédérale du gouvernement est une toute autre affaire. L'UDC remet en question une élection légitime par l'Assemblée fédérale. Les méthodes employées sont «indignes d'une démocratie», affirme le PS. Les Verts dénoncent les «penchants totalitaires» de ce parti: «celui qui refuse d'être mené à la baguette est exclu, diffamé et banni», affirment-ils dans un communiqué.

Choqué, le PDC n'est pas en reste, qualifiant les méthodes de l'UDC de «calomnieuses». Christoph Darbellay, son président, se demande «quand il y aura enfin un soulèvement contre une direction de parti qui parle toujours au nom du peuple et qui agit de façon si peu démocratique».

Débat interne

Si l'UDC voulait tester sa politique d'opposition, comme l'affirment plusieurs experts, l'exercice est réussi vu l'unanimité que le parti rassemble contre lui. Même à l'interne, la direction de l'UDC suisse, dont le comité central doit se prononcer vendredi sur la demande d'exclusion de Mme Widmer-Schlumpf du Conseil fédéral, rencontre une certaine opposition.

La section bernoise déclare ainsi qu'un retrait du gouvernement n'entre pas en ligne de compte. L'UDC bernoise reste en revanche muette sur son exclusion, du ressort de l'UDC grisonne. Elle appelle le parti central comme les autres sections cantonales à faire preuve de «mesure». L'exclusion de la conseillère fédérale de son parti doit se faire selon les règles démocratiques et ce débat doit rester interne.

(ats)

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