Actualisé 08.08.2017 à 20:00

Portugal

Eviter à tout prix la disparition des azulejos

Héritage des Maures, les azulejos sont la cible de voleurs qui les revendent aux touristes. Des initiatives se multiplient pour sauver ces précieuses céramiques.

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Ces carreaux de faïence emblématiques du Portugal sont très prisés des touristes.

Ces carreaux de faïence emblématiques du Portugal sont très prisés des touristes.

AFP/Patricia de Melo Moreira
Leonor Sa, 59 ans, conservatrice du musée de la police judiciaire, a créé le site internet, www.sosazulejo.com, qui répertorie des photos de céramiques volées dans des églises, hôpitaux, gares ou autres stations de métro.

Leonor Sa, 59 ans, conservatrice du musée de la police judiciaire, a créé le site internet, www.sosazulejo.com, qui répertorie des photos de céramiques volées dans des églises, hôpitaux, gares ou autres stations de métro.

AFP/Patricia de Melo Moreira
Dans son atelier, la céramiste de 55 ans fabrique des pièces inspirées de modèles de faïences fabriquées au XVIIIe siècle. De quoi séduire les touristes et les convaincre à abandonner l'achat des azulejos originaux.

Dans son atelier, la céramiste de 55 ans fabrique des pièces inspirées de modèles de faïences fabriquées au XVIIIe siècle. De quoi séduire les touristes et les convaincre à abandonner l'achat des azulejos originaux.

AFP/Patricia de Melo Moreira

Dans un palais vétuste et livré à l'abandon, en plein coeur de Lisbonne, des trous béants laissés par des azulejos, ces carreaux de faïence emblématiques du Portugal, arrachés des murs en ruine, témoignent du pillage en règle d'un patrimoine très prisé des touristes. A la Feira da Ladra, («foire à la voleuse»), les azulejos anciens se négocient entre 5 et 100 euros. Un grand panneau marron, or et vert du XVIIIe siècle dépeignant des animaux et fleurs exotiques s'affiche à 500 euros (environ 775 francs). Mais chez l'antiquaire, le prix de certains azulejos peut aller jusqu'à 10'000 euros.

L'ampleur du phénomène est telle que l'ancienne demeure de la famille du Marquis de Pombal, personnage historique du pays, figure parmi les édifices à haut risque recensés par le projet «SOS Azulejo», lancé en 2007 par la police judiciaire, partie à la chasse aux voleurs de ces précieuses céramiques.

Un site internet, répertoire des céramiques volées

Ecoeurée de voir disparaître ce trésor du Portugal, Leonor Sa, conservatrice du musée de la police judiciaire, a créé un site internet qui répertorie des photos de céramiques volées dans des églises, hôpitaux, gares ou autres stations de métro. Il permet ainsi de vérifier en un clic l'origine des faïences proposées à la vente. «C'est très dissuasif», assure-t-elle.

L'initiative semble pour l'heure porter ses fruits. Si en 2001, 2002 et en 2006, les vols ont atteint des pics avec une dizaine de milliers d'azulejos dérobés, «à présent, il y en a nettement moins», constate l'experte. «Avant j'en achetais beaucoup, puis j'ai arrêté, car je suis opposée au vol du patrimoine du Portugal», témoigne Anne Typhagne, 43 ans, guide touristique française.

Les fréquents contrôles des inspecteurs de police ont également contribué à ce résultat. Le petit stand de Maria Santos, 28 ans, qui regorge de céramiques émaillées des XVIIIe et XIXe siècles, n'y échappe pas. «Quand ils passent, (les policiers) je leur montre tous les papiers. Je vends, je ne vole pas», assure-t-elle. Si certains azulejos ont été récupérés lors de démolitions de façades, «souvent, on ne sait pas réellement d'où ils viennent», reconnaît-elle.

Et si la solution résidait dans la reproduction?

«La plupart des azulejos sont d'origine licite. Ce sont parfois les propriétaires eux-mêmes qui s'en débarrassent pour rénover leurs maisons», raconte l'inspecteur Oscar Pinto, chef de la brigade des oeuvres d'art, installé dans un bureau austère de la police judiciaire. «Mais il ne faut pas se leurrer. Un toxicomane qui vous vend 20 azulejos dans un sac en plastique à un euro la pièce, il y a de fortes chances qu'il s'agisse d'un vol», prévient-il.

La céramiste Cristina Pina, 55 ans, pense avoir trouvé une bien meilleure solution pour éviter la disparition des azulejos: à une centaine de mètres du marché aux puces, son magasin d'artisanat propose des azulejos reproduits à l'identique sur le modèle des faïences fabriquées au XVIIIe siècle. «Je préfère que les touristes achètent de belles reproductions d'azulejos comme souvenir de Lisbonne, ce qui permet aux originaux de rester au pays», relève-t-elle. (afp)

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