Genève: Éviter les inondations tout en épargnant les poissons
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GenèveÉviter les inondations tout en épargnant les poissons

Au bout du lac, le Rhône va faire l’objet d’un abaissement partiel en mai. Les pêcheurs sont préoccupés.

par
Léonard Boissonnas
Des pêches de sauvetage seront organisées pour préserver les poissons. 

Des pêches de sauvetage seront organisées pour préserver les poissons. 

Pierre Abensur/TDG

Opération d’envergure planifiée tous les trois à quatre ans, mais repoussée l’an passé en raison du Covid, la purge du Rhône est prévue du 18 mai au 5 juin prochains. Le but est de libérer des sédiments qui, accumulés, font courir des risques d’inondation en ville de Genève, en cas d’importantes crues de l’Arve.

Alors qu’en 2012, après un moratoire de dix ans, une vidange complète avait décimé les poissons, une nouvelle méthode consistant en un abaissement partiel du fleuve avait permis en 2016 de faire baisser le caractère létal de l’opération. «La mortalité piscicole a été nettement plus faible non seulement qu’en 2012, mais aussi par rapport à ce qui se pratiquait avant le moratoire, indique Véronique Tanerg, porte-parole des Services industriels de Genève (SIG), qui conduisent la manœuvre à la demande des autorités cantonales. L’avantage de ce mode de gestion des sédiments est de limiter fortement les matières en suspension dès l’aval du barrage de Verbois et sur tout le Haut-Rhône et donc de préserver la faune piscicole et l’environnement.»

Une «catastrophe»

Selon des chiffres de la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia), le taux de survie des truites, par exemple, est passé de 40% lors de la vidange d’il y a 9 ans à 93% avec l’abaissement partiel de 2016. Pour la Fédération des sociétés de pêche genevoises, si la nouvelle méthode est «moins violente» pour la faune piscicole, l’opération reste «une catastrophe», déclare son président, Daniel Jimeno. Pour régénérer une population de poissons, explique-t-il, il faut compter sept ans, «alors que là, cela a lieu tous les quatre ans».

Pêches de sauvetage

Les SIG affirment mettre tout en œuvre pour minimiser l’impact sur la faune: ralentissement de l’abaissement, pilotage de l’opération en temps réel par la mesure des taux de matière en suspension, pêches de sauvetage. L’entreprise ajoute en outre que la possibilité d’arrêter de procéder à ces opérations avait été étudiée de manière approfondie au début des années 2000. «Il en a été conclu que c’était impossible. »

Vannes ouvertes au Seujet

À la fin de l’abaissement, précisent les SIG, les vannes du barrage du Seujet, le premier en aval du Léman, seront ouvertes pour que le fleuve retrouve son niveau normal. «Cette opération permettra aussi aux poissons de descendre dans le Rhône, poursuit Véronique Tanerg. Puis, nous ouvrirons les vannes de manière ponctuelle pendant plusieurs semaines. Nous suivons le conseil d’un bureau spécialisé indépendant qui a fait une étude sur la faune piscicole et a conclu qu’il fallait de petites ouvertures de vannes sur la durée plutôt qu’une ouverture massive.»

Coût total de plus de 3 millions

D’un coût direct de plus de 1 million de francs, auquel s’ajoutent 2 millions de manque à gagner engendré par l’arrêt de la production hydroélectrique, l’opération peut être retardée de 10 jours au maximum, suivant les conditions hydrologiques et météorologiques, et devra être terminée au plus tard le 10 juin. Décalée l’an passé, elle ne peut être repoussée plus tard, soulignent les SIG, qui ont pris «les mesures nécessaires, notamment en relation avec la pandémie, pour que cette opération se réalise en 2021».

Navigation, baignade et pêche interdites

Le Rhône est progressivement abaissé côté français, au barrage de Génissiat, puis à celui de Chancy-Pougny et enfin à celui de Verbois. Pendant toute la durée de l’opération, pour des questions de sécurité, des restrictions seront en vigueur. Navigation, baignade, promenade à certains endroits et pêche seront interdites.

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