Actualisé 10.08.2007 à 19:26

Ex - prisonnier victime de sévices, raconte la torture

Un Tunisien récemment rapatrié de la base de Guantanamo, Lotfi Lagha, a accusé les militaires américains de lui avoir sectionné les doigts après l'avoir drogué, a déclaré vendredi son avocat, Me Samir Ben Amor.

Les autorités américaines n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat. Me Ben Amor a accordé un entretien à l'Associated Press après avoir rencontré jeudi son client pour la première fois la veille à la prison de Mornaguia, à 30km de Tunis, où il est incarcéré depuis son retour en Tunisie fin juin dernier.

Selon le récit fait par Me Ben Amor, Lotfi Lagha avait immigré clandestinement en 1998 en Italie où il est devenu musulman pratiquant. C'est au début de 2001 qu'il est parti pour l'Afghanistan, a indiqué l'avocat sans en préciser les motivations.

Au plus fort de l'offensive américaine, il s'était réfugié à Tora-Bora, en Afghanistan, pendant un mois, avant de fuir le pays. Il a été arrêté début 2002 à la frontière pakistanao-afghane dans un état très précaire. «J'avais les mains et les pieds gelés par le froid glacial», a-t-il relaté à son avocat.

Après une hospitalisation pendant trois mois et demi, les services de sécurité pakistanais l'ont remis à l'armée américaine qui l'a transféré à la base de Bagram, en Afghanistan.

Pendant le mois qu'il y resté, les militaires américains lui avaient dit que son état nécessitait qu'on lui coupe les doigts des deux mains affectés. Il a déclaré s'y être farouchement opposé, d'autant que les médecins pakistanais lui avaient assuré qu'il pouvait être soigné par un traitement ordinaire.

C'est alors que médecins américains de la base de Bagram l'ont drogué le soir pour qu'il se trouve le lendemain avec quatre doigts de chaque main sectionnés, excepté les pouces, affirme-t-il.

«A mon réveil et malgré mon état, les militaires n'ont pas arrêté de m'asséner des coups partout sur le corps avec des matraques et leurs brodequins», ajoute-t-il. Il a également dénoncé les mauvais traitements qu'il dit avoir subi dans la base militaire de Kandahar.

Pendant les cinq ans qu'il devait passer ensuite dans la base de Guantanamo, Lotfi Lagha a dit avoir été victime, avec d'autres détenus, de «tortures et autres pratiques humiliantes».

Lotfi Lagha qui affirme avoir été rapatrié malgré lui, fait l'objet de poursuites pénales sous l'accusation d'appartenance à association de malfaiteurs. Il encourt une peine de six ans de prison, selon le code pénal tunisien. Il a été interrogé pendant trois jours au ministère de l'intérieur sans faire l'objet de maltraitements, selon son avocat qui prévoit que son procès aura lieu vers novembre prochain.

AP

bb/ll (ap)

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