Suisse: Exit Platon et Tolstoï dans les gymnases bernois
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SuisseExit Platon et Tolstoï dans les gymnases bernois

Le gouvernement bernois prévoit de supprimer le grec et le russe dans les gymnases du canton. Les économies attendues sont relativement modestes, inversement à l'indignation au sein du corps enseignant.

Les lycéens qui optent aujourd'hui pour le grec lisent en langue originale l'enlèvement d'Europe, les vertus selon Platon ou l'histoire des débuts du christianisme. Dans le canton de Berne, cela appartient peut-être bientôt au passé.

Le gouvernement doit économiser de 400 à 450 millions de francs. Pour y arriver, il a ficelé un paquet de mesures qui comprend notamment la suppression du grec et du russe comme branches principales au gymnase. Les économies prévues sont de 400'000 francs par an.

Sur le dos des doués

Dans une lettre au Conseil d'Etat bernois, les enseignants des langues anciennes qualifient la mesure de disproportionnée financièrement et de honteuse du point de vue de la politique de la formation. Berne serait le premier canton universitaire à abandonner le grec, l'une des branches les plus traditionnelles au lycée.

«Le grec traite des débuts de la culture européenne», rappelle Andreas Hänni, président de l'Association cantonale des enseignants de langues classiques. Selon lui, les connaissances de grec aident à mieux comprendre l'origine des choses dans toutes les branches.

Des études montrent que les performances des élèves ayant choisi le grec ancien ou le latin sont supérieures à la moyenne partout. Lucius Hartmann, président de l'Association suisse des philologues classiques, renchérit: «Le grec est un soutien aux élèves doués, puisqu'il est majoritairement choisi par les plus performants».

L'association se défend désormais par le biais d'une pétition sur internet contre les projets du canton de Berne. Il est dans les tâches des gymnases de transmettre un savoir large, souligne Lucius Hartmann.

«Niet» fatal

En comparaison, le russe est une jeune branche de maturité. Mais là aussi, le corps enseignant se dit préoccupé et évoque des conséquences fatales. Le russe n'est pas qu'une langue culturelle et littéraire importante, il a aussi un poids économique, estime Thomas Schmidt, président de l'Association des enseignants de russe en Suisse.

Dans les années 1990, le canton de Berne faisait office de pionnier en introduisant la langue de Tolstoï au lycée, rappelle M.Schmidt. Aujourd'hui, le russe n'est plus enseigné en branche principale qu'à Berne, dans cinq gymnases zurichois ainsi qu'à Coire, Münchenstein (BL) et Trogen (AR).

M.Schmidt ne s'explique pas pourquoi le russe n'a pas pris pied en terres romandes, bien qu'il existe des séminaires dans les Universités de Lausanne et de Genève.

Trop peu d'élèves

A Berne, le Département de l'instruction publique cantonal évoque la pression financière et la faible demande pour le grec et le russe. Le canton ne peut plus offrir toute la palette des branches principales, explique Mario Battaglia, responsable de l'enseignement secondaire du 2e degré.

A peine 30 élèves choisissent le russe chaque année dans le canton, cinq le grec. La comparaison avec d'autres cantons est frappante: en 2012/2013, Berne comptait 18 élèves en grec, contre 131 à Fribourg, 152 à Zurich et 206 à Genève.

L'abandon de ces cours n'entraîne pas des économies faramineuses pour le canton, concède Mario Battaglia. Mais les classes de grec et de russe sont onéreuses: un lycéen qui choisit ces branches coûte 3000 francs de plus que la moyenne.

Certains plaident pour une alternative à la suppression. Jürg Schmid, de la Commission cantonale de maturité, évoque une coopération avec l'université ou une participation financière symbolique de l'élève aux cours de grec.

Si les deux langues perdent définitivement leur statut de branches principales, les gymnases ne les proposeraient au mieux plus qu'en option, sans notes et pour un nombre d'heures minimal. Or la mise sur pied de branches optionnelles relève souvent de la gageure: elles ne font tout simplement plus le poids, explique Thomas Schmidt, de la Fédération des enseignants de russe.

Le fin mot au Grand Conseil

Il appartient désormais au Parlement cantonal de se pencher sur les mesures d'économies prévues par l'examen des offres et des structures (EOS 2014). L'expérience montre toutefois qu'il est difficile d'éviter des mesures mineures telles que l'est la suppression du grec et du russe au lycée. (ats)

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