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Suisse«Exit répond à une demande de la société»

Pour le président d'Exit Suisse romande, une personne capable de discernement et qui souhaite mourir devrait pouvoir le faire.

Jérôme Sobel, président d'Exit Suisse romande.

Jérôme Sobel, président d'Exit Suisse romande.

Keystone

L'aide au suicide reste un thème sujet à de vastes discussions autour du droit à la mort et de la liberté individuelle.

«Dans une société qui accepte l'autodétermination, on respecte la décision de l'autre. Sinon, la personne appartient à un clan et c'est lui qui décide à sa place», estime le Dr Jérôme Sobel dans un entretien avec «Le Matin Dimanche». Il mentionne notamment un arrêt du Tribunal fédéral disant que chaque personne capable de discernement a le droit de choisir le moyen et le moment de sa propre mort.

La capacité de discernement, un paramètre au coeur du débat. Jérôme Sobel explique ainsi que l'accompagnement des candidats au départ est long, passant notamment par un questionnaire et des discussions sur les autres options possibles.

«Si nous trouvons qu'une personne présente des signes de démence ou de problèmes psychiatriques, nous lui demandons un certificat psychiatrique. Mais imposer à chaque personne de consulter revient à diminuer sa liberté alors qu'elle a pris une décision conforme à son système de valeurs», expose-t-il.

Le spécialiste dit se méfier des psychiatres qui assimilent automatiquement une demande d'assistance au suicide à une dépression pour dire que la capacité de discernement est altérée, et ainsi empêcher le patient de partir.

Pas de nouvelle disposition fédérale

Depuis 2014, l'organisation romande d'aide au suicide a élargi sa pratique aux personnes atteintes de «polypathologies invalidantes liées à l'âge». La prise en compte des souffrances morales qui finissaient par invalider ces personnes ont été fixées dans les statuts.

Les seniors dans l'hiver de leur vie dont l'existence est rendue difficile suite à une combinaison de pathologies«choisissent une qualité de vie plutôt qu'une quantité de survie», relève Jérôme Sobel. Exit, dont 30% des membres ont plus de 75 ans, a aidé soixante personnes dans ce cas en 2015.

En ce qui concerne l'assouplissement des règles d'assistance au suicide, le médecin lausannois souligne que la pratique, compatible avec la législation, est faite pour les membres d'Exit. Le Parlement fédéral n'a pas tranché la question, et les associations de médecins ont toujours dit ne pas vouloir être impliquées dans un processus d'aide au suicide, rappelle-t-il.

Cas en hausse

Alors qu'Exit Suisse romande comptait 8000 membres en 2000, l'organisation en compte aujourd'hui 24'000, explique Jérôme Sobel. «Cela démontre que le travail de l'association répond à une demande de la société», qui est vieillissante.

«Les gens ont d'abord voulu gérer le début de la vie avec la procréation médicalement assistée, la contraception et l'avortement. A présent, ils souhaitent gérer leur sortie de la vie» avec des principes de responsabilité, d'autonomie et d'indépendance prédominants, note M. Sobel.

Le président d'Exit Suisse romande rappelle que l'augmentation des suicides avec l'association s'accompagne d'une diminution de suicides non assistés.

Pour rappel, le nombre de patients accompagnés par Exit vers la mort a fortement augmenté l'an dernier. En Suisse romande, l'association a aidé 213 personnes à mourir, soit 38 de plus qu'en 2014. La tendance est identique côté alémanique, avec 782 cas enregistrés (+30%). Le cancer est la première raison invoquée par les personnes concernées.

Récemment, un octogénaire qui avait requis l'aide d'Exit pour se suicider avait finalement mis fin seul à ses jours mi-novembre. Ses frères avaient saisi la justice genevoise pour empêcher Exit de l'assister. Ils ont déposé une plainte pénale pour omission de prêter secours. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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