Serbie: Extradition de Haradinaj: c'est Paris qui décidera
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SerbieExtradition de Haradinaj: c'est Paris qui décidera

La justice française a rejeté jeudi l'extradition vers la Serbie de l'ex-premier ministre kosovar Ramush Haradinaj, accusé de crimes de guerre par Belgrade.

Ramush Haradinaj avec son avocate.

Ramush Haradinaj avec son avocate.

AFP

Il appartient au gouvernement français maintenant si l'ancien premier ministre kosovar sera extradé ou non, maintenant que la justice française s'est prononcée.

Le contrôle judiciaire de Ramush Haradinaj a été levé, a précisé le procureur général près de la Cour d'appel de Colmar dans un communiqué. Il est de facto libre de regagner son pays. Le parquet général, qui avait recommandé le 6 avril la remise à la Serbie de cet homme de 48 ans, dispose d'un délai de cinq jours pour former un pourvoi en cassation, mais le pourvoi n'est pas suspensif.

Dans son arrêt, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Colmar rejette les obstacles juridiques soulevés par la défense de l'ancien Premier ministre en 2004-2005 de l'ancienne province serbe devenue indépendante. Elle relève notamment que les acquittements dont il a bénéficié devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ne portaient pas sur les mêmes faits. Ramush Haradinaj a été acquitté en 2008 et 2012 par le TPIY, qui le jugeait pour des crimes de guerre remontant à 1998. Les faits dont il est accusé dans cette procédure examinée en France remontent en revanche à 1999 et sont donc distincts, estime également Belgrade.

Grande popularité

La Cour d'appel de Colmar fait droit, en revanche, à l'objection selon laquelle sa remise aux autorités serbes pourrait avoir des conséquences d'une «exceptionnelle gravité», soulignant la «très forte popularité» du Kosovar et le «rôle important» qu'il a joué dans la vie politique du Kosovo.

«Il y a des raisons sérieuses de croire que la remise de Ramush Haradinaj serait de nature à entraîner des conséquences d'une gravité exceptionnelle pour sa personne, pour des considérations liées, notamment, à son rôle dans le conflit armé et dans la vie politique du Kosovo, ainsi qu'à son statut de ressortissant d'un Etat non reconnu par l'Etat requérant», conclut-elle.

Ramush Haradinaj, député et qui dirige désormais l'Alliance pour l'avenir du Kosovo, un parti d'opposition au président Hashim Thaçi, bénéficie d'une grande popularité auprès de nombreux Kosovars. Ceux-ci le considèrent comme un héros de la guerre d'indépendance de 1998-1999 contre les forces de Belgrade. Son arrestation avait suscité un vif émoi au Kosovo, mais aussi en Albanie. Beaucoup le considèrent comme un héros de la guerre d'indépendance de 1998-1999 contre les forces de Belgrade. Son arrestation avait suscité un vif émoi au Kosovo, mais aussi en Albanie.

Faits reprochés commis à Djakovica

Ramush Haradinaj avait été interpellé le 4 janvier par la police française à son arrivée sur le territoire français, via l'aéroport franco-suisse de Bâle-Mulhouse, en exécution d'un mandat d'arrêt international émis par la Serbie en 2004.

Cet ancien haut responsable de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) est soupçonné par la Serbie d'avoir ordonné et lui-même commis, à la fin de la guerre du Kosovo en juin 1999, des assassinats, des viols ainsi que des actes de torture et de barbarie sur des civils serbes, albanais et roms.

Les faits auraient été notamment commis dans la ville de Djakovica, alors que les troupes serbes s'étaient retirées du territoire sans que les forces de l'ONU, qui devaient en prendre le contrôle, y soient encore opérationnelles.

Réfugié en Suisse

Au début des années 1990, l'ancien chef rebelle s'était réfugié en Suisse. Il a alors gagné sa vie comme ouvrier du bâtiment, videur dans des boîtes de nuit ou maître de sport à Leysin (VD). Il a quitté la Suisse en 1997 et regagné le Kosovo, où il a organisé un groupe conçu pour attaquer la police serbe déployée dans la province.

Ultime conflit ayant déchiré l'ex-Yougoslavie, la guerre au Kosovo a fait 13'000 morts. Elle a conduit à la sécession de cette région majoritairement peuplée d'Albanais, mais que la Serbie considère comme son berceau historique. Le Kosovo a déclaré en 2008 son indépendance, que Belgrade ne reconnaît pas. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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