Genève: Fabrice A. échappe à l'internement à vie

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GenèveFabrice A. échappe à l'internement à vie

La justice genevoise a condamné le meurtrier d'Adeline M. à une peine privative de liberté à vie et à une mesure d'internement simple.

par
Jérôme Faas

Fabrice A. échappe à l'internement à vie. Le Tribunal criminel de Genève n'a pas prononcé cette mesure extrême à l'encontre de l'assassin d'Adeline M., jeune sociothérapeute égorgée lors d'une sortie accompagnée en septembre 2013. La Cour a estimé, en se basant sur les rapports concordants de deux duos d'experts psychiatres, un suisse et un français, qu'«on ne peut pas considérer qu'il existe une impossibilité de traitement à vie», a explicité le président Fabrice Roch. Dès lors, a jugé le tribunal, les conditions légales n'étaient pas réunies pour appliquer cette forme d'internement votée par le peuple en 2004 et inscrite dans le code pénal en 2008.

Perpétuité et internement ordinaire

Le criminel a été condamné pour meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat, séquestration, enlèvement, contrainte sexuelle et viol. Il passera très probablement le reste de ses jours derrière les barreaux. Il a été condamné d'une part à une peine privative de liberté à vie; et d'autre part à une mesure d'internement ordinaire. Autrement dit, Fabrice A. ne pourra éventuellement sortir de prison qu'à des conditions extrêmement restrictives, s'il est établi par les psychiatres et les autorités pénales qu'il ne représente plus aucun danger pour la société.

Pleine responsabilité et préméditation

La Cour a estimé que la responsabilité de Fabrice A. était pleine et entière. Il ne bénéficie d'aucune circonstance atténuante. Les juges ont retenu la préméditation, niée par le prévenu durant tout son second procès. En regardant la scène d'égorgement du film Braveheart, «il s'est imaginé en train de trancher la gorge d'Adeline», a indiqué Fabrice Roch. Le mobile odieux du crime est la réalisation de ce fantasme. Il a donné lieu à l'élaboration d'un projet, puis du passage à l'acte, lors duquel Fabrice A. a admis «avoir éprouvé un plaisir infini». « La préméditation repose sur les avis des experts mais aussi sur les aveux du prévenu», qui a «verbalisé la certitude que le meurtre allait se passer, sans savoir exactement quand et comment», a précisé le président.

La mère d'Adeline M.: «La loi est inapplicable»

Fabrice A. a accueilli le verdict avec le sourire, serrant chaleureusement la main de ses avocats. Les parents d'Adeline M., eux, ont réagi calmement à l'énoncé de la sentence. «C'est quand même un échec, on aurait aimé que l'internement à vie soit prononcé, a commenté la mère de la victime sur les marches du Palais de justice. Ç'aurait été une double sécurité, ça nous aurait rassuré.» Relevant que toutes les demandes des parties plaignantes avaient été prises en compte, que toutes les circonstances aggravantes avaient été retenues -« ça, c'est une victoire»-, elle a estimé que «cette loi est inapplicable. Jamais un expert ne le dira (ndlr : qu'un homme est incurable à vie) car c'est contraire à son éthique». Elle considère dès lors que cette loi devrait être supprimée, «puisqu'on ne peut rien envisager de pire» que ce qu'a commis Fabrice A., et que malgré tout il ne tombe pas sous le coup de cette mesure.

Le compagnon d'Adeline, très ému, a pour sa part déclaré que «pas d'internement à vie, cela veut dire qu'une dame polonaise (ndlr: l'ex-petite amie de Fabrice A., qu'il désirait aller torturer et tuer en Pologne) et ses enfants sont condamnés à avoir peur toute leur vie.

Le procureur général satisfait

Le procureur général Olivier Jornot, qui avait requis l'internement à vie, a néanmoins dit sa «satisfaction». Selon lui, le Tribunal criminel «a pris la mesure du crime exceptionnel» commis par Fabrice A. et du danger qu'il représente, raison pour laquelle il a appliqué «la peine la plus lourde», et «a en outre prononcé une mesure». Le magistrat a expliqué ne pas regretter un mot de son réquisitoire et ne pas partager l'avis de la Cour, «même si Fabrice A. restera détenu jusqu'à la fin de ses jours si aucun changement» de son comportement et de sa personnalité ne survient. Et de préciser que s'il estimait que les rapports des experts lui permettaient de requérir l'internement à vie, il ne considérait pas ce dernier «indispensable pour la sécurité de la société», qu'il juge garantie.

La famille ne fait pas appel

Interrogé quant à un éventuel appel, il a rappelé que le délai était de dix jours. «Cela me laisse encore le temps de la réflexion.» L'avocat de Fabrice A., Me Yann Arnold, a pour sa part refusé de faire le moindre commentaire. Les parents d'Adeline M., enfin, ont clairement indiqué qu'ils ne désiraient pas faire appel. «Non! Jamais! On est épuisé. Les réponses sont arrivées, on a obtenu ce qu'on voulait», a réagi la mère.

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