Actualisé 17.05.2017 à 11:39

Genève

Fabrice A., si immodeste parce que tellement faible

Les psychiatres suisses se sont exprimés ce mercredi sur l'homme qui a tué Adeline M. Ils n'ont pas préconisé l'internement à vie.

de
Jérôme Faas
Fabrice A. est jugé depuis le lundi 15 mai devant le Tribunal criminel de Genève.

Fabrice A. est jugé depuis le lundi 15 mai devant le Tribunal criminel de Genève.

Keystone/Frederic Bott

Le pouvoir ultime d'ôter la vie, voilà ce qui fascinait Fabrice A., comprend-on depuis lundi. Un fantasme de toute-puissance et de domination d'autrui l'habite. Il aurait crû sur le terreau fertile de la très faible estime de soi de l'accusé, alors que paradoxalement , celui-ci donne l'apparence d'une très grande immodestie. Il s'agirait de l'une des clés pour comprendre la personnalité de l'homme qui a tué en septembre 2013 Adeline M., sa sociothérapeute, en l'égorgeant lors d'une sortie accompagnée.

«On sent relativement peu de modestie chez» Fabrice A., ont ainsi noté les experts psychiatres suisses mercredi matin. L'observation livrée au Tribunal criminel fait écho au conseil livré la veille par leurs collègues français. «Commencer par le ramener à la modestie», proposaient-ils en guise d'aide à apporter en premier lieu au prévenu. Les deux tandems de médecins ont relevé une tendance à la grandiloquence chez Fabrice A. Mardi, Daniel Zagury et Pierre Lamothe faisaient état de «construction grandiose a posteriori» lorsque l'accusé revient sur son activité criminelle. Ce mercredi, Alexandra Rageth et Eric Luke ont offert sur ce point une analyse complémentaire. «La construction grandiose est là tout le temps. Fabrice A. se replace tout le temps au centre et tient toujours un discours ampoulé par rapport à lui-même.»

Manque d'authenticité

Cette propension serait constitutive de la personnalité de Fabrice A., dont les experts suisses soulignent le manque d'authenticité et la tendance à la théâtralité. «Il aime beaucoup s'entendre parler, a beaucoup de plaisir à se raconter, il aime à se penser intelligent.» Les deux médecins jugent que ce recours récurrent à la «grandiosité» prend racine dans une très faible estime de soi, une construction contrariée de la personnalité, «à la base». Pour contrebalancer cette fragilité béante sur laquelle Fabrice A. se serait bâti, «il est obligé de tout le temps réactiver cette «grandiosité», pour ne pas déprimer, s'effondrer».

Loin de la guérison

Or, pour soigner le prévenu, la destruction de ses puissants systèmes de défense est un préalable indispensable, évaluent les experts. «La grandiosité devrait s'assouplir, mais pour cela, il faudrait un passage dans l'effondrement», indique Erik Luke. Il rejoint là ses confrères français qui, la veille, déclaraient que «les thérapies des sujets ne commencent vraiment que quand ils font des cauchemars, ont des moments suicidaires, sont à nu devant leurs souffrances».

«Risque de récidive très élevé»

Par conséquent, Alexandra Rageth et Eric Luke parlent d'un «risque de récidive très élevé» pour Fabrice A., qui souffrirait selon eux d'un trouble de la personnalité dyssociale et d'une pathologie sexuelle extrême. Ils n'ont pas perçu chez lui de prise de conscience, et sont «extrêmement dubitatif quant à sa capacité à évoluer à court et moyen terme». Ils préconisent l'internement, mais pas à vie, «parce que l'on ne peut pas se prononcer sur un risque à vie, ni sur une évolution à long terme du diagnostic et de la science».

Macabre mise en scène

Quelques jours avant son crime, Fabrice A. avait montré au compagnon d'Adeline M., qui travaillait aussi à la Pâquerette, un lieu et une scène de film: une maison abandonnée dans les bois de Bellevue, très proche du lieu où il tuera la jeune femme; et la fin de Seven, dans laquelle le meurtrier fait parvenir à celui qui le traque la tête de son épouse décapitée. «J'ai peine à croire que le prévenu ait été sans intention, a indiqué Alexandra Rageth à Me Ntah, qui défend la famille de la victime. Ce n'est pas anodin, c'est particulièrement connoté que de montrer ce contenu.» Précédemment, les psychiatres avaient jugé que Fabrice A. nourrissait un sentiment de rivalité et d'animosité vis-à-vis de l'ami de sa sociothérapeute.

Le meurtre d'Adeline M. planifié

«Je confirme que tuer Adeline M. faisait partie des plans du prévenu», a indiqué à la Cour le docteur Alexandra Rageth. Elle a aussi dit que Fabrice A. avait transféré sur sa future victime la scène d'égorgement du film Braveheart qu'il visionnait sans relâche. En cela, les experts suisses contredisent l'accusé, qui prétend depuis le début de son second procès n'avoir pas prémédité son crime, mais uniquement son évasion.

La volonté de tuer

Les psychiatres suisses ont retenu une responsabilité pénale très légèrement à légèrement diminuée de Fabrice A. S'il avait conscience de l'illégalité de ses actes, l'intensité de ses pulsions a pu diminuer sa capacité à contrôler son corps, ses mouvements. Pourquoi cette responsabilité n'est-elle pas moyennement restreinte?, demande alors son avocat, Me Arnold. «Parce que toute la journée du meurtre, il s'est interrogé sur le fait de le faire ou pas. Il s'est questionné, et il a eu la volonté de le faire», explique Alexandra Rageth.

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