Face à Poutine, «les sanctions ne peuvent pas renvoyer les chars» 

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Guerre en Ukraine Face à Poutine, «les sanctions ne peuvent pas renvoyer les chars» 

Après bientôt sept semaines de guerre en Ukraine, les sanctions occidentales pour faire plier Moscou sont utiles mais lentes pour produire leurs effets, analyse un expert.

Un tank des forces pro-russes, près de Marioupol, le 5 avril 2022. 

Un tank des forces pro-russes, près de Marioupol, le 5 avril 2022. 

REUTERS

Après bientôt sept semaines de guerre, les sanctions occidentales n’ont pas fait sortir les Russes d’Ukraine, suscitant des interrogations sur l’efficacité de cette stratégie, utile mais lente à produire ses effets, selon Juan Zaratele conseiller au Center for Strategic and International Studies (CSIS), dans un entretien à l’AFP.

La guerre en Ukraine est aussi un test grandeur nature de l’efficacité des sanctions à l’encontre d’un État puissant, notamment à l’heure de la montée en puissance de la Chine, estime cet ancien conseiller à la stratégie antiterroriste des États-Unis sous la présidence de George W. Bush.

Juan Zaratele, quel bilan peut-on faire des sanctions contre Moscou ?
Les sept premières semaines de guerre et de sanctions montrent que ces mesures ne sont pas suffisantes. Les sanctions ne peuvent pas renvoyer les chars, du moins pas immédiatement. Nous savons aussi que l’effet optimal des sanctions ne sera ressenti que dans des semaines, des mois, voire des années.

Dans le même temps, la manière dont les sanctions ont été mises en place montrent qu’en termes de calendrier et d’ampleur, elles n’ont pas été décidées pour faire imploser l’économie russe. Elles l’ont été dans une optique progressive.

Donc l’isolement progressif de la Russie du système financier international, du système commercial international, et ses effets sur le Kremlin, vont augmenter avec le temps. Le régime des sanctions n’est pas à son niveau maximal. 

L’Europe est divisée quant à un embargo sur le pétrole et le gaz russes en raison de sa dépendance. Des décisions en ce sens changeraient-elles la donne du conflit?
Des restrictions d’importations sur le pétrole et le gaz russes seraient une avancée majeure qui affecteraient durement les ressources financières de la Russie et exerceraient une forte pression sur le régime. Elles permettraient aussi de déclencher d’autres sanctions, notamment sur les banques, pas encore concernées par des sanctions et qui servent aujourd’hui d’intermédiaires dans les transactions liées aux contrats énergétiques. Au bout du compte, cela affectera encore un peu plus l’économie russe.

Mais nous devons aussi être réalistes: le marché international réclamera toujours du pétrole et du gaz russes. Il ne sera pas simple pour Moscou de remplacer ses consommateurs européens, en partie à cause de l’importance des infrastructures en place, surtout en ce qui concerne le gaz, mais le pays pourra toujours vendre de l’énergie à des partenaires tels que l’Inde ou la Chine.

La guerre en Ukraine représente-t-elle un test pour l’utilisation des sanctions comme arme contre un État puissant?
Les sanctions contre la Russie sont un test important de la capacité de réaction économique rapide de la communauté internationale. Il reste à espérer que cet exemple aura un effet dissuasif suffisamment grand contre l’aventurisme de la Russie, ou même d’États tels que la Chine dans leurs ambitions territoriales, qu’il s’agisse de Taiwan ou de la mer de Chine. La Chine observe, elle surveille aussi la capacité des États-Unis, de l’Europe, du Japon et des alliés à maintenir la pression sur Moscou et à faire suffisamment durer les sanctions afin qu’elles portent un coup réel à l’économie.

Ce point est important car si l’Occident devait s’attaquer un jour à la Chine, il serait très compliqué de frapper l’ensemble de l’économie en raison de sa taille et de la dépendance occidentale à Pékin. Or il est indispensable de montrer que face aux comportements illégitimes, illégaux et inhumains, il peut y avoir un coût économique qui peut faire mal, et parfois même impliquer des entreprises privées, comme on le voit en Russie.

(AFP)

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