Humanitaire: Face au Covid, les ONG privilégient le staff local
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HumanitaireFace au Covid, les ONG privilégient le staff local

Pour éviter les contraintes liées au virus, les ONG ont réduit l’envoi de personnel expatrié, au profit d’employés autochtones.

par
Leïla Hussein

Rentré en juillet dernier d’une mission au sein d’une ONG locale au Liban, Amir Siame n’attend qu’une chose: repartir sur le terrain. Chaque jour, ce logisticien épluche les offres d’emploi en ligne. Il témoigne.

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Quarantaines, tests PCR, visas… Les contraintes pour déployer du personnel humanitaire à l’étranger se sont multipliées avec la pandémie. «Une mission auparavant organisée en deux semaines, nous prend aujourd’hui entre 4 et 6 semaines», confirme Claudio Rini, directeur des opérations à la Fondation Terre des hommes. Et d’ajouter que «le Covid a introduit un risque supplémentaire. Nous devons donc nous questionner sur les modalités d'intervention et choisir la meilleure option en fonction des actions nécessaires.»

Valoriser les compétences des locaux

Si à l’heure actuelle, aucune interdiction n’empêche les organisations non gouvernementales (ONG) d’envoyer des employés aux quatre coins du monde, dans les faits, les départs ont été revus à la baisse. A Médecins Sans Frontières, «près de 1400 personnes sont parties en mission entre juin et août 2020, contre un peu plus de 1800 en 2019 sur la même période, soit une baisse d’environ 23%», précise son porte-parole à Genève Etienne L’Hermitte.

Malgré ces annulations, les ONG assurent avoir réussi à poursuivre leurs activités à l’étranger, grâce à une stratégie de longue date: la plupart emploie plus de 90% de personnel local. Un staff davantage mis à contribution depuis le début de la crise. «Nous avons réorienté le personnel sur place, rapporte Claudio Rini. C’est une manière intelligente de contourner les contraintes et de valoriser les compétences déjà présentes. »

Personnel expatrié en difficulté

Rentré en juillet dernier d’une mission au sein d’une ONG locale au Liban, Amir Siame n’attend qu’une chose: repartir sur le terrain. Chaque jour, ce logisticien humanitaire épluche les offres d’emploi en ligne. «Il y en a bien moins depuis la crise du Covid», relève le trentenaire qui comprend les difficultés liées à la situation. «L’urgence est au cœur de notre métier. Si envoyer des expatriés implique de perdre un temps précieux, il est normal que les ONG cherchent à l’éviter.» Son témoignage complet est à découvrir en images.

Transition digitale bien amorcée

L’Association pour la prévention de la torture, elle, a suspendu ses rencontres en présentiel avec les autorités gouvernementales et les institutions partenaires, l’année dernière. «Nous avions prévu d’aller au Chili, au Brésil, à Madagascar, en Thaïlande, au Timor-Leste. La seule exception a été un voyage au Rwanda. Nos activités ont été réalisées via le digital. Nous avions déjà commencé une transition numérique que le virus a passablement accélérée. Mais cela correspondait à un objectif que nous avions avant la crise», révèle Audrey Olivier-Muralt, secrétaire générale adjointe de l’association.

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La Fondation Terre des hommes continue d’envoyer du personnel expatrié sur des missions spécifiques, notamment pour des questions de neutralité.

La Fondation Terre des hommes continue d’envoyer du personnel expatrié sur des missions spécifiques, notamment pour des questions de neutralité.

Tdh/Kany Sissoko (mission au Mali)
Depuis le début de la crise, les activités des ONG ont augmenté. 

Depuis le début de la crise, les activités des ONG ont augmenté.

Tdh/Kany Sissoko (mission au Mali)
La plupart des ONG emploie plus de 90% de personnel local. 

La plupart des ONG emploie plus de 90% de personnel local.

Tdh/Marie-Lou Dumauthioz (mission au Népal)

Même scénario du côté de Terre des Hommes Suisse qui a dû annuler ses voyages à l’étranger. «Habituellement, les collaborateurs basés à Genève se rendent sur place une à deux fois par année pour suivre les avancées. Mais nous avons maintenu notre travail à distance grâce à d’autres canaux de communication digitale. Heureusement, nous avions développé depuis un certain temps de nouvelles habitudes de travail qui nous ont doublement servies durant la crise», se réjouit Anne-Céline Machet, secrétaire générale de Terre des Hommes Suisse dont la grande majorité des employés sont des autochtones.

Le vaccin, une contrainte de plus?

La vaccination contre le Covid-19 a débuté en Suisse et à l’étranger depuis fin 2020. Une nouvelle variable à prendre en compte pour les ONG, même si aucune obligation ne semble à l’ordre du jour. «La vaccination est recommandée, mais elle ne peut pas être imposée», indique la Fondation Terre des hommes. À Médecins Sans Frontières, l’organisation ne dispose pas d’un stock qui lui est exclusivement réservé, mais des échanges sont en cours pour que le personnel soit inclus dans les plannings de vaccination des pays où il œuvre.

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