Réseaux sociaux: «Facebook m'a proposé un salut nazi»
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Réseaux sociaux«Facebook m'a proposé un salut nazi»

Le réseau social, qui bannit quasi toute nudité, est pourtant beaucoup plus tolérant avec les photos pouvant faire l'apologie de la haine raciale.

par
man
Facebook tolère les saluts hitlériens sur sa plateforme. (20 minutes)

Facebook tolère les saluts hitlériens sur sa plateforme. (20 minutes)

photo: Kein Anbieter

«Faire de Facebook un environnement sûr et accueillant»: voici à quoi contribuent les signalements de contenus inappropriés, selon le réseau social. Mais, ces contributions n'ont pas toujours l'effet escompté. C'est ce qu'a entre autres constaté l'un de nos lecteurs qui a été surpris par la plateforme: «Facebook m'a proposé un salut nazi», déplore-t-il. L'internaute a récemment vu apparaître dans les suggestions d'amis du réseau social, la photo de profil d'une jeune femme s'affichant en train d'effectuer un salut hitlérien.

Or, aussitôt signalé au réseau social, le cliché, ainsi que celui de l'un de ses amis effectuant le même geste, ont été jugés comme ne contrevenant pas aux règles d'utilisation de la plateforme. «Nous avons examiné la photo que vous avez signalée pour apologie de la haine et avons déterminé qu'elle n'allait pas à l'encontre de nos Standards de la communauté», lui a en effet indiqué à deux reprises l'équipe de modération de Facebook, qui est bien moins tolérante avec la nudité. Comme lorsqu'elle avait censuré un internaute pour avoir publié une image de «L'Origine du monde», le célèbre tableau de Gustave Courbet représentant un sexe féminin, ou encore des photos d'allaitement. «Ça me rend dingue», commente notre lecteur-reporter.

Banalisation des contributions racistes et antisémites

«Nous constatons que, même en présence d'infractions au sens du droit pénal suisse, les réseaux sociaux n'interviennent en général pas, ceci en raison des lois applicables aux Etats Unis. Souvent, les réseaux refusent même d'enlever des appels à la violence et des films de décapitation, ce qui est parfaitement choquant», réagit Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Depuis quelques années, cette organisation observe une banalisation des contributions racistes et antisémites sur internet, en particulier sur les réseaux sociaux. «La liberté d'expression à laquelle nous sommes attachés ne peut pas servir de prétexte à des appels à la haine et à la violence», ajoute-t-elle.

Pour rappel, en Suisse, des gestes, comme le salut nazi, pris isolément ne sont pas punissables par la loi. En 2014, un néonazi romand qui avait fait le salut hitlérien sur la prairie du Grütli en août 2010 avait été acquitté par le Tribunal fédéral. Il avait retenu que par son geste l'homme avait manifesté son orientation politique et non pas tenté de gagner d'autres personnes à la cause nazie. Il avait précédemment été reconnu coupable de discrimination raciale par la justice uranaise.

Sensibiliser

Pour empêcher la prolifération de tels phénomènes sur internet, la FSCI appelle à «un véritable travail de sensibilisation, notamment en ce qui concerne l'utilisation des réseaux sociaux, à commencer par les parents et les écoles», ajoute sa responsable.

«Davantage que la rapidité de suppression des contenus haineux annoncée, c'est avant tout le taux de suppression qui devrait être revu et amélioré», avaient quant à elles déclaré, fin mai en France, les associations SOS Racisme, SOS homophobie et l'Union des Etudiants Juifs de France à propos de la charte de bonne conduite signée par Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft devant la Commission européenne. Celle-ci visait à combattre la propagation du discours de haine illégal en Europe. A la mi-mai, ces associations avaient assigné en justice les trois premières sociétés américaines pour non-respect de leurs obligations de modération.

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