Haïti: Faible participation pour des élections confuses
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HaïtiFaible participation pour des élections confuses

Les Haïtiens se sont peu déplacés pour aller voter dimanche pour renouveler leurs élus locaux.

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Axes routiers bloqués, rues désertes, activité commerciale au point mort... La capitale d'Haïti, Port-au-Prince, était paralysée lundi au lendemain de violences entre policiers mécontents et militaires. (Lundi 24 février 2020)

Axes routiers bloqués, rues désertes, activité commerciale au point mort... La capitale d'Haïti, Port-au-Prince, était paralysée lundi au lendemain de violences entre policiers mécontents et militaires. (Lundi 24 février 2020)

AFP
Des policiers en colère ont attaqué le QG de l'armée haïtienne à Port-au-Prince dimanche. Ces violences ont fait des morts et des blessés. (23 février 2020)

Des policiers en colère ont attaqué le QG de l'armée haïtienne à Port-au-Prince dimanche. Ces violences ont fait des morts et des blessés. (23 février 2020)

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Le mandat de la totalité des députés haïtiens est arrivé à terme lundi, ce qui confère au président la possibilité de gouverner par décret. (13 janvier 2019)

Le mandat de la totalité des députés haïtiens est arrivé à terme lundi, ce qui confère au président la possibilité de gouverner par décret. (13 janvier 2019)

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Les quelque six millions de Haïtiens appelés à achever dimanche l'élection du corps législatif et choisir l'ensemble des élus locaux ont montré peu d'enthousiasme à se rendre aux urnes. La mobilisation a été extrêmement faible pour ce quatrième jour de vote dans le pays en un an et demi.

Un poste de député et huit de sénateurs étaient en jeu, ainsi que 5500 sièges des assemblées locales. A la clôture des opérations électorales, les membres des bureaux de vote ont entamé le dépouillement des urnes qui, dans la capitale, ne contenaient que quelques dizaines de bulletins, alors que plus de 550 citoyens sont enregistrés par bureau.

Pas une surprise

La faible participation observée dans la capitale et les principales villes du pays n'est pas une surprise. En novembre, pour le premier tour de la présidentielle, l'élection qui passionne le plus les citoyens, et qui coïncidait cette année avec le second tour des législatives et les scrutins municipaux, seuls 21% des électeurs ont voté.

Cette désaffection civique s'explique par la faiblesse de l'offre politique et la défiance des citoyens quant à la capacité des élus à travailler à l'amélioration de leurs conditions de vie.

«Au début de la journée on me disait que les gens étaient allés à la messe, qu'ils allaient venir par la suite: je doute que la messe ait continué toute la journée» a commenté Sandra Honoré, la chef de la mission de l'Onu en Haïti (Minustah) lors de sa visite dans un centre de vote de la capitale. «Il y a un travail à faire certainement de la part des partis politiques pour encourager les partisans à participer dans les élections» a-t-elle ajouté quelques minutes avant la fermeture des bureaux.

Absence de campagne d'information

L'abstention de ce dimanche est aussi accentuée par l'absence de campagne d'information, tant par les autorités que par les candidats, sur les enjeux des élections locales qui accusent pourtant un retard de six ans.

Faute de volonté politique nationale et en l'absence de rappel de la communauté internationale à respecter les échéances constitutionnelles, le renouvellement des élus locaux, ayant un mandat de 4 ans, n'a pas eu lieu depuis décembre 2006.

«Le peuple ne peut pas faire passer ses revendications, surtout dans les quartiers populaires» regrette Wilner Villefranche en évoquant l'absence d'élections tenues à temps. «Même si aujourd'hui il y a un vote, ceux qui sont à la tête du système vont encore trier et donner comme vainqueur ceux qui vont dans le sens de leurs propres intérêts, pour voler et piller le pays et laisser le peuple dans la misère» accuse l'homme de 69 ans qui met néanmoins un point d'honneur à voter à chaque élection.

Confusion

La faible affluence dans les bureaux de votes ce dimanche n'a pas empêché une certaine confusion dans le déroulement de ces opérations électorales. Le nombre d'urnes dans les bureaux et les bulletins à faire remplir aux électeurs ont été des sujets de controverse.

Certains citoyens du coeur de la capitale ont ainsi pu voter pour les assemblées locales des zones rurales en périphérie de Port-au-Prince. A l'inverse, des électeurs des circonscriptions rurales n'ont pas toujours trouvé les bulletins de vote correspondant à leur scrutin.

«A certains endroits, il y a eu des erreurs relatives aux types d'élections à tenir et aux postes à pourvoir dans les différentes communes du pays, ce qui a pu occasionner quelques frustrations» a témoigné à la mi-journée Cristobal Dupouy chef-adjoint de la mission d'observation électorale de l'Organisation des Etats américains.

Système «caduque»

Cette confusion, qui amoindrit encore la représentativité qu'auront les vainqueurs de ces scrutins, est une conséquence d'un découpage administratif caduque, selon les explications de Philippe Augustin, le directeur du registre des électeurs au sein du Conseil électoral provisoire.

Le dernier découpage administratif remonte à 2005 et ne prend donc pas en compte l'évolution démographique de la dernière décennie, marquée par une urbanisation galopante. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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