Immigration: Famille irakienne bloquée sur sa route vers les USA
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ImmigrationFamille irakienne bloquée sur sa route vers les USA

Le décret anti-immigration de Donald Trump qui prenait effet immédiatement a avorté le projet migratoire de nombreuses personnes, dont celui de la famille de Fouad Charef.

AFP

Fouad Charef, sa femme et ses trois enfants ont vendu leur maison en Irak, quitté leurs emplois et leurs écoles avant de l'envoler samedi vers une nouvelle vie aux Etats-Unis. Mais au Caire, ils n'ont pu monter à bord de l'avion qui partait pour New York. Ils sont devenus brutalement les victimes de l'interdiction d'entrer aux Etats-Unis, édictée par le président américain Donald Trump quelques heures auparavant.

Désemparés, leurs passeports confisqués, le père, la mère, leurs deux filles et leur fils, ont été retenus à l'aéroport du Caire dans la nuit de samedi à dimanche et contraints d'embarquer à bord d'un avion qui les a ramenés dimanche matin dans leur ville d'origine, Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, dans le nord de l'Irak.

«Nous avons été traités comme des trafiquants de drogue, escortés par des agents chargés des expulsions», raconte Fouad Charef, joint par téléphone de l'aéroport du Caire. Il dit se sentir coupable envers sa femme et ses enfants.

Grande confusion

Une semaine après être entré à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a signé un décret vendredi suspendant l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays musulmans : Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen pour une période d'au moins trois mois. Motif invoqué: protéger le territoire américain du risque d'attentat.

La mesure a été applicable immédiatement, ce qui a suscité une grande confusion pour les voyageurs en possession d'un passeport de ces sept pays, dont font partie Fouad Charef et sa famille.

A l'aéroport international d'Erbil, la famille Charef semblait démoralisée, ne parvenant pas à comprendre comment leur rêve si longtemps caressé - ils ont attendu deux ans pour obtenir leurs visas - avait pu être rayé d'un trait de plume en un instant, alors même que leurs documents de voyage étaient en règle.

Comme Saddam Hussein

Pour Fouad Charef, la décision du nouveau locataire de la Maison-Blanche s'apparente aux décisions prises au temps de la dictature de l'ancien président irakien Saddam Hussein. «Je crois que c'est une terrible erreur aux Etats-Unis, une terrible erreur dans l'histoire des Etats-Unis. Je pensais que l'Amérique était (...) une démocratie», dit-il.

«Je la vois comme une autocratie; quelqu'un signe et c'est effectif immédiatement. Qu'est-ce que cela signifie? C'est comme les décisions de Saddam Hussein. Sans revenir au congrès (le parlement des Etats-Unis, NDLR). Je ne comprends pas.»

Fouad Charef raconte qu'il était employé par une société pharmaceutique avant de quitter l'Irak, mais qu'il a aussi travaillé sur des projets financés par des organisations américaines comme l'USAID (agence des États-Unis pour le développement international) dans les années qui ont suivi l'intervention américaine de 2003 en Irak.

Sa famille a fait sa demande de visa pour les Etats-Unis en septembre 2014 alors que les conditions de sécurité en Irak se détérioraient après la prise de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, en juin 2014 par l'Etat islamique. La ville est en cours de reconquête par les forces irakiennes.

Traître et infidèle

De par son travail avec les Etats-Unis, Fouad Charef est particulièrement vulnérable aux attaques des islamistes, qui le considèrent comme un traître.

«Je suis brisé. Je suis totalement brisé. Je ne comprends pas comme il (Trump) récompense les personnes qui l'ont aidé. Je ne comprends pas. Quand nous travaillions avec eux, nous avons mis nos vies, ma vie, la vie de ma famille, en péril», commente Fouad Charef.

«Et, tous les jours, nous étions des cibles faciles pour les groupes terroristes. Quiconque travaille avec les Américains est considéré comme un infidèle», ajoute-t-il. Il a demandé à émigrer via un programme spécial, le SIV, mis en place par le législateur américain pour aider les dizaines de milliers d'Irakiens qui ont risqué leur vie en aidant les Américains après leur arrivée en 2003.

Au moins 7000 Irakiens, dont de nombreux interprètes pour l'armée américaine, se sont installés aux Etats-Unis depuis 2008 dans le cadre du programme SIV, tandis que 500 dossiers supplémentaires sont en cours de traitement, selon les chiffres du département d'Etat.

«Tout est parti en fumée»

Par ailleurs, 58'000 Irakiens sont en attente d'un entretien dans le cadre d'un autre programme, le DAP, selon l'International Refugee Assistance Project, un regroupement de juristes dont l'objectif est d'aider les réfugiés.

Une amie de Fouad Charef, Mona Fetouh, qui habite aux Etats-Unis, dit avoir travaillé avec lui sur un programme local financé par l'USAID en 2004 et l'avoir recommandé pour sa demande de visa.

Fouad Charef avait l'intention de s'installer à Nashville, dans le Tennessee. «J'ai des amis là-bas. Je me suis arrangé avec eux et ils sont à la recherche d'une maison pour moi, d'un emploi», assure Fouad Charef. Il dit que ce voyage lui a coûté 5000 dollars (5000 francs). «Tout est parti en fumée», dit-il.

Découragé, Fouad Charef ne sait plus quoi faire. En attendant, il va loger chez son frère à Erbil. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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