Lausanne: Fanny Ardant est une adepte du cinéma russe
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LausanneFanny Ardant est une adepte du cinéma russe

La comédienne était l'invitée d'honneur du Festival KINO. Pour elle, s'ouvrir au cinéma d'un autre pays apporte d'importantes richesses et connaissances.

L'actrice et réalisatrice française se trouvait samedi à Lausanne pour la cérémonie de clôture du Festival KINO, consacré aux films récents de l'ex-URSS. Dans un entretien accordé à l'ats, elle s'est dite frappée par le manque de circulation de ces productions dans un monde aujourd'hui censé être sans frontières et sans limites. «Il y a une sorte d'hégémonie américaine du cinéma. Après l'effondrement du mur, il y aurait eu des possibilités pour l'Europe de s'ouvrir mais ça ne s'est pas fait. C'est dommage».

Avec KINO, «les Suisses ont la chance de voir des films qui ne passeront jamais, ni sur leur écran de la ville, ni sur leur télévision», poursuit-elle. Le cinéma permet de connaître un pays, bien davantage que n'importe quel livre d'histoire et de géographie».

Voie de secours

Fanny Ardant, qui a assisté à plusieurs projections aux côtés du public à la Cinémathèque suisse, est une inconditionnelle de la Russie. «Pourquoi je ne sais pas... La passion, ça ne s'explique pas. Je crois que j'aime les pays en fonction de leur art. C'est ce qui m'intéresse. Je prends contact avec eux de cette manière».

«La Russie est un pays où il s'est passé tant de choses, un pays qui a vénéré les poètes pendant les périodes les plus dures de son histoire. Cela me plaît que tout ne soit pas réduit au matériel, que l'art soit une voie de secours, souligne-t-elle.

Force de la littérature

L'actrice a commencé à lire les auteurs russes vers l'âge de quinze ans, un été lors de vacances chez ses grands-parents. «L'Idiot» de Dostoïevski, ses côtés obscurs, ses personnages l'ont profondément marquée. Et quand elle a commencé à voyager, elle s'est souvenue de ses lectures.

Son premier contact avec la Russie date des années 1980, pendant la période soviétique. Elle s'y est rendue pour présenter la «Femme d'à côté», avant d'y retourner par la suite pour des films ou des lectures. «J'y ai récemment tourné «Raspoutine», où Gérard (Depardieu) et moi étions les seuls Français. Des Français au milieu des artistes russes avec une histoire russe, ça me plaisait beaucoup.» L'actrice avoue cependant un regret, ne connaître du pays de Pouchkine que les villes et non la campagne.

Interrogée sur les clichés négatifs qui collent à la Russie, l'actrice souligne l'importance de la culture. «Lorsqu'on lit la poésie ou la littérature d'un pays ou que l«on voit un film, on revient dans la vérité des gens, leur amours, leurs rêves. L«autre devient moins différent, l'humanité est partout pareille».

«Tchekhov par exemple parle de destins humbles, mais tellement universels qu'on met très longtemps à comprendre qu'Oncle Vania est russe et qu'il n'est pas limousin», sourit-elle.

Tourmentés

Quant à ses liens avec la Suisse, ils sont également influencés par ses lectures. «Quand je vois Genève, je pense toujours à 'Belle du Seigneur', vous voyez la force de la littérature», a-t-elle relevé.

Pour Fanny Ardant, les Suisses ont un côté tourmenté. «Peut-être que, dans un pays où l'horlogerie fait que l'on peut mettre son côté rationnel sur le mécanisme, dès que l'âme est au repos, elle se tourmente».

Son prochain projet? «Je viens d'achever un nouveau film, 'Cadences obstinées'. Il sortira le 8 janvier à Paris», annonce la réalisatrice. Au générique figurent notamment Asia Argento et Gérard Depardieu. (ats)

Succès pour la première édition de KINO

Le premier festival consacré aux films post-soviétiques récents, s'est achevé dimanche sur un succès. Selon une première estimation, il a attiré quelque 10'000 spectateurs durant neuf jours à Genève et à Lausanne. Doté de 7000 francs, le Grand Prix de KINO a été remis samedi soir à Lausanne par l'invitée d'honneur Fanny Ardant à «Harmony Lessons» du réalisateur kazakh Emir Baigazin. Le film a été récompensé pour son éclairage saisissant sur la place et la force de l'arbitraire dans des sociétés de l'espace post-soviétique, ont indiqué les organisateurs dans un communiqué.

Le prix spécial du jury a été attribué à «Récits» de Mikhail Segal (Russie) pour son approche perspicace, originale et littéraire de l'histoire de la Russie contemporaine. Le prix du public est revenu au film «Love with an accent» de Rezo Gigineishvili (Russie/Géorgie). Une mention spéciale a été accordée à «In Bloom» de Nana Ekvtimishvili (Géorgie).

Outre les douze films en compétition, le public a pu découvrir des documentaires et courts métrages dans les salles des Cinémas du Grütli à Genève et à la Cinémathèque suisse à Lausanne. Il a également eu l'occasion de participer à des tables rondes et de rencontrer des réalisateurs. Une deuxième édition est déjà annoncée. Les dates seront communiquées ultérieurement.

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