Guerre en Ukraine – Fantasmes et réalité autour des abris PC

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Guerre en UkraineFantasmes et réalité autour des abris PC

Bien que la Suisse puisse loger l’entier de sa population dans des bunkers, ceux-ci ne sont pas efficaces dans toutes les situations. Tour d’horizon. 

par
Maria Pineiro
Ici, l’abri collectif des Vollandes, en Ville de Genève.

Ici, l’abri collectif des Vollandes, en Ville de Genève.

Laurent Guiraud/TDG

La catastrophe de Tchernobyl en 1986 ou la destruction de la ville japonaise d’Hiroshima après le bombardement de 1945. Dans l’imaginaire collectif, le terme nucléaire accolé à «bombe» ou «accident» déclenche immanquablement des images de désolation à long terme. La menace nucléaire brandie par le président russe Vladimir Poutine, dans le cadre de la guerre en Ukraine, a suscité de nombreuses inquiétudes, notamment sur la protection offerte par les abris PC.

Des abris, pas des tombeaux

Pour beaucoup, l’explosion d’une bombe de ce type au-dessus de nos têtes contaminerait fortement une large zone et rendrait donc impossible toute sortie des abris PC, sous peine d’être irradiés. Résultat pour les occupants: une mort à petit feu sous terre. «Après ce type de bombardement, les abris peuvent être quittés après quelques jours. Ils ne seront pas nos tombeaux. En fonction du taux de particules radioactives, il faudra peut-être prendre quelques précautions, comme se protéger les voies respiratoires», rassure Louis-Henri Delarageaz, le commandant de la Protection civile vaudoise. 

L’officier déconstruit les fantasmes autour de la bombe. «Il s’agit de distinguer un accident nucléaire - qui dégage en continu des radiations et, à la longue rend une zone impropre à la vie - d’une bombe.» Cette dernière dégage une puissance et une chaleur phénoménales, soufflant et détruisant tout sur un rayon de plusieurs kilomètres. Mais hors le point d’impact, plus loin, les particules radioactives sont rapidement évacuées. 

«Nous ne sommes pas en état d’alerte»

Deuxième scénario envisagé, le passage d’un nuage radioactif dans le ciel suisse. «Ces retombées mettraient des jours à traverser l’Europe, détaille Alexandre Vautravers, chargé de mission au Département de la sécurité, de la population et de la santé de Genève. En fonction des conditions météorologiques, le nuage pourrait survoler le pays en quelques heures, voire quelques jours.» Dans ce cas, il suffirait à la population de se confiner à la maison, puis, d’observer quelques précautions une fois le danger passé. Inutile d’aller s’enterrer dans un  bunker. 

Enfin, les abris protègent efficacement contre des armes conventionnelles. Le séjour de la population sous terre se limiterait alors au temps des bombardements. Ce qui permettrait, dans la mesure du possible, de se ravitailler entre deux attaques. Mais tout cela, pour l’heure, tient de la science-fiction. «La situation actuelle ne permet pas de penser à un risque immédiat de bombardement», souligne Alexandre Vautravers. Les autorités ne semblent pas inquiètes dans l’immédiat. «Nous ne sommes pas en état d’alerte, précise Louis-Henri Delarageaz. Nous travaillons comme à l’accoutumée s’agissant des abris de protection. Par contre, nous sommes mobilisés afin de préparer des lieux éventuels d’accueil pour les réfugiés.»

Quatre murs et une ventilation

En termes d’infrastructures de protection civile, il convient de distinguer les abris privés ou collectifs destinés à la population et les constructions qui visent à accueillir les différents services de secours afin qu’ils continuent d’être opérationnels. Techniquement, un abri PC, «ce sont quatre murs, des portes blindées et une ventilation. Ce sont des infrastructures de survie», spécifie Louis-Henri Delarageaz. La population n’est pas supposée y passer plus d’une quinzaine de jours. 

Ce mythe helvétique, obligatoire sous les bâtiments, est contesté pour son coût en temps de paix. «C’est le principe même de la prévention ou de l’assurance, avance Alexandre Vautravers. C’est toujours trop cher avant, mais quand on en a besoin, on est très content de l’avoir fait.» Il conclut que «ces abris confèrent à notre population une sécurité et une résilience élevée, particulièrement appréciée en cette période».

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