Genève: «Faudra-t-il bientôt donner l'ADN de nos barmen?»
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Genève«Faudra-t-il bientôt donner l'ADN de nos barmen?»

Le personnel de sécurité des dancings devra requérir une autorisation de l'Etat. Une pure brimade administrative, jugent certains tenanciers.

par
Jérôme Faas
L'icône de la nuit Greta Gratos et Albane Schlechten, samedi soir à la Gravière, sont fâchées. Elles craignent qu'un carcan administratif étouffe l'activité nocturne genevoise.

L'icône de la nuit Greta Gratos et Albane Schlechten, samedi soir à la Gravière, sont fâchées. Elles craignent qu'un carcan administratif étouffe l'activité nocturne genevoise.

La vie nocturne étouffée par la bureaucratie? La responsable des salles de la Gravière, Albane Schlechten, le redoute. Elle vient de recevoir, comme ses homologues, un courrier du Département de la sécurité. Il somme les lieux employant des videurs de les annoncer à l'Etat. Sont réclamées, notamment, pièces d'identité et attestations de solvabilité.

Le règlement s'applique, le formulaire n'existe pas

«Outre que c'est du fichage, s'insurge la femme, je n'ai pas le temps de rendre une liste alors que, derrière, il n'y a même pas un fonctionnaire pour la traiter. C'est juste pour embêter.» Le Service du commerce et la police, notamment, souffrent de sous-effectif. Or Albane Schlechten emploie chaque mois une trentaine de personnes, à temps partiel. Et d'évoquer «le surcroît de paperasserie» et «l'absurdité administrative»: le règlement s'applique depuis le 1er avril, les bars ont six mois pour s'y plier, mais le formulaire de requête... n'existe pas encore.

«On nous rend la vie impossible»

«C'est quoi, la suite? Devrai-je donner l'ADN de mes barmen pour voir s'ils ont mis un truc dans les verres? On nous rend la vie impossible.» Seb Courage, patron du MOA, est fataliste. «Il s'agit une fois de plus de mesures lourdes, exagérées et contre-productives.»

Décision prise au niveau romand

Le Canton, lui, nie toute visée castratrice. Le règlement critiqué émane d'une loi édictée pour coller au concordat romand sur les entreprises de sécurité, modifié en 2012. «La décision a été prise au niveau de la conférence latine des chefs des départements de justice et police. On l'applique, explique Emmanuelle Lo Verso, porte-parole du Département de la sécurité. On ne peut pas demander à l'Etat de violer la loi.»

Lettre à Maudet

«Nous nous sentons criminalisés.» Une missive ouverte circule depuis samedi parmi les acteurs de la nuit, en vue d’être adressée au conseiller d’Etat Pierre Maudet. Ils y annoncent leur refus de déclarer leurs employés de sécurité auprès du département. Ils se plaignent aussi du Service du commerce, selon eux rigide, inadapté à la diversité de l’offre, prompt à demander des documents et lent à délivrer des réponses. Pour rappel, l’Usine risque la fermeture si, d’ici fin avril, elle ne sollicite pas cinq autorisations d’exploiter (une par salle), contre une actuellement.

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