Actualisé 01.09.2016 à 08:43

Votations 25 septembreFaut-il augmenter les rentes AVS?

Les Suisses se prononceront le 25 septembre sur l'initiative «AVSplus» qui propose une hausse de 10% des rentes.

par
Christine Talos
avec ats

Les retraités vont-ils toucher bientôt davantage d'AVS? C'est la question à laquelle les Suisses devront répondre le 25 septembre dans les urnes. En effet, le sort de l'initiative des syndicats alliés à la gauche «AVSplus» sera tranché ce jour-là. Elle propose d'augmenter l'AVS de 10% pour tous les retraités, de la rente minimale de 1175 francs à la maximale de 2350. Coût: 4,1 milliards de francs.

Comme solution de financement, les initiants envisagent une hausse de 0,4% de cotisation de la part des salariés et autant des employeurs. Un retraité vivant seul recevrait ainsi entre 1400 et 2800 francs de plus par année et un couple 4200 francs. Ce texte vise à renforcer l'AVS: la gauche et les syndicats estiment que c'est là le seul moyen pour compenser les pertes de rentes dans le 2e pilier.

La crise financière met en effet la prévoyance professionnelle dans une situation difficile. Les caisses de pension baissent les taux de conversion, ce qui réduit les futures rentes. La prévoyance vieillesse ne permet plus aux retraités de maintenir un niveau de vie approprié, comme le stipule la constitution, selon l'Alliance pour une AVS forte. Les femmes seraient les premières bénéficiaires de l'initiative.

Faveurs des sondages

Pour l'instant, le texte semble avoir les faveurs des citoyens. Un sondage publié par Tamedia le 26 août dernier montre qu'il serait accepté à 54%, contre 40% d'avis défavorables. Mais le non gagne du terrain, puisque début août, 32% des sondés auraient refusé l'initiative, alors que 60% affirmaient lui dire oui. Un autre sondage, publié par gfs.bern le 16 août, donnait un score plus serré, avec 49% de oui, contre 43% de contre.

La droite est particulièrement remontée contre le texte. Pour tous les partis bourgeois, il met en danger les finances de l'AVS, malmenées par l'allongement de la durée de vie et l'arrivée des baby-boomers à la retraite. Aux 7 milliards qui manqueront d'ici 2030 s'ajouterait l'augmentation de la rente, creusant un gouffre de 12,5 milliards de francs, selon les calculs du comité emmené par le PDC.

Et pas question de le combler en relevant le montant des cotisations, précisent les opposants. Une augmentation serait néfaste à la compétitivité des entreprises, estiment-ils. Cette idée, qualifiée d'irresponsable, pèserait sur les épaules des jeunes générations.

Le texte manque son but

Les opposants critiquent également le principe d'une augmentation qui bénéficierait à tous. L'initiative manquerait son but, selon eux: elle profiterait pleinement aux retraités à fort revenu, alors que les grands perdants seraient ceux qui perçoivent des prestations complémentaires (PC). Car si l'AVS augmente, les PC diminuent. Les retraités au revenu modeste n'auraient pas davantage d'argent dans leur porte-monnaie, plaident-ils.

Le camp bourgeois tout comme le Conseil fédéral préfèrent miser sur le projet de prévoyance vieillesse 2020 d'Alain Berset. Celui-ci englobe premier et deuxième piliers. Pour le conseiller fédéral socialiste, sa réforme est «équilibrée et garantit un financement à long terme». Actuellement discuté au Parlement, le projet est mis sous pression par l'initiative (voir encadré).

Si le peuple dit «oui» à l'initiative, elle devra être appliquée d'ici 2018. Un calendrier serré qui aura des conséquences directes sur le projet, selon le ministre socialiste. Il devrait être rapidement remanié afin d'être rendu conforme.

Débat en parallèle au Parlement

Le sort réservé au texte «AVSplus» sera particulièrement intéressant, car il coïncide avec les débats au Parlement sur la Prévoyance vieillesse 2020 du Conseil fédéral. Celle-ci vise à réformer le financement des retraites pour faire face à l'allongement de l'espérance de vie et à la crise du 2e pilier. Le ministre socialiste Alain Berset veut faire notamment travailler les femmes jusqu'à 65 ans et abaisser de 6,8 à 6% le taux de conversion du capital de la prévoyance professionnelle en rente. Ce qui revient à une baisse de 12% des futures rentes du 2e pilier.

Premier à se prononcer, le Conseil des Etats a proposé l'automne dernier une hausse de 70 francs par mois de l'AVS pour les nouveaux rentiers pour compenser cette baisse. Coût: 1,4 milliard financé paritairement par un relèvement des cotisations salariales de 0,3% (0,15% pour les salariés). Mais le National ne va empoigner la question que le 26 septembre, soit après la votation. Avec une nouvelle charge: la retraite à 67 ans, comme le prône sa commission de la sécurité sociale. Une commission qui a également biffé le bonus de 70 francs prévu par les sénateurs.

Si l'initiative «AVSplus» est rejetée de justesse, le Parlement se ralliera sans doute à la solution du Conseil des Etats afin d'éviter un référendum. Mais si elle fait un mauvais score, la baisse des rentes LPP sans compensation s'imposera, et la solution de la retraite à 67 ans pourrait même passer.

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