Argovie: Faux goudronneurs: la police impuissante
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ArgovieFaux goudronneurs: la police impuissante

Dans le canton d'Argovie, une bande d'ouvriers malintentionnés sévit. Et les autorités semblent incapables de les arrêter.

par
dmz

L'arnaque n'est pas nouvelle, mais elle donne des sueurs froides à toute une région. Armés de pelles et de goudron, des ouvriers entament des travaux dans des cours de ferme ou de restaurant sans y avoir été invités. Et quand l'ouvrage est terminé, ces travailleurs demandent de fortes sommes en liquide et n'hésitent pas à intimider leurs victimes si elles refusent de payer.

Kurt Kramer, agriculteur à Leibstadt (AG), qui a reçu la visite d'une entreprise indélicate la semaine dernière, raconte à «Blick»: «Ils ne m'ont rien demandé et on commencé à déverser du goudron dans ma cour. Je ne pouvais pas les arrêter.» En un rien de temps, ils ont recouvert 200 mètres carrés d'un asphalte de piètre qualité. Selon le fermier, la pluie suffit à le faire s'écouler sur la route. Et en plus, la porte de sa grange a été abîmée.

Pour ce travail de cochon, les ouvriers ont demandé 8000 francs à Kurt Kramer, mais ce dernier n'a pu leur en donner que 3000. Le lendemain, les escrocs sont revenus et ont lancé: «Vous recevrez une facture de notre part.» «L'expéditeur: la mafia du goudron», conclut le paysan.

Pas le premier cas

Kurt Kramer n'est pas le seul du village à être tombé dans les griffes de cette mafia. Claudio Trinizoni, gérant du restaurant Warteck, a eu la même surprise. «Ils ont débarqué et ont recouvert nos places de stationnement. Ils nous ont parlé d'un contrat dont je n'avais jamais entendu parler. Je leur ai dit d'arrêter. En vain», raconte le restaurateur. L'équipe de malotrus se composait de six hommes, parlant l'anglais. Coût des travaux, 3500 francs après d'âpres négociations. Et le gérant n'a payé que parce que les ouvriers ont été jusqu'à menacer les clients.

Claudio Trinizoni décide alors d'appeler la police, qui n'a arrêté personne. «Nous avons relevé leurs identités, c'est tout ce que nous pouvons faire, explique Bernhard Graser, porte-parole de la police cantonale argovienne. Ils ont des permis de séjour en ordre et même des résidences en Suisse.»

Selon des recherches du quotidien alémanique, les escrocs ont pour la plupart un passeport anglais et des racines dans l'Europe de l'Est. L'entreprise incriminée serait au nom d'un certain Christopher D., qui vivrait à Langenthal (BE). Son lieu de résidence serait par ailleurs le siège de son entreprise. A l'adresse indiquée se trouveraient toutefois un hôtel et une pizzeria.

Cas connus en Suisse romande

Ce type d'escroquerie ne touche pas que la Suisse alémanique. En novembre l'an passé, l'Administration fédérale des douanes annonçait avoir mis la main sur deux entreprises britanniques, qui agissaient dans les cantons de Vaud, Fribourg et du Valais, mais aussi dans la région de Zurich.

Une enquête pénale a été ouverte, car ils ont utilisé des machines de chantier non-dédouanées. Les enquêteurs ont aussi mis au jour leurs méthodes agressives et la piètre qualité de leur travail, pour lequel ils «oubliaient» d'encaisser la TVA. Les fraudeurs s'en sont tirés avec une amende.

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