Actualisé 11.01.2019 à 06:25

Vaud

Faux muets pour mendier

Depuis l'interdiction cantonale en vigueur, les quémandeurs sont moins nombreux à Lausanne. Reportage et réactions.

de
Frédéric Nejad Toulami
Les dimanches, devant cette église de Lausanne, la mendicité n'a pas cessé.

Les dimanches, devant cette église de Lausanne, la mendicité n'a pas cessé.

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Dimanche 6 janvier, un couple de Roms se tient, comme à l'accoutumée, à l'entrée de l'église orthodoxe grecque de la capitale vaudoise. Profitant poliment de la générosité des fidèles, ils demeurent debout afin de moins attirer l'attention.

Mercredi 9 janvier, quatre adolescents opérant en duo mixte arpentent rapidement le centre piéton dès la fin de l'après-midi. Se faisant passer pour des muets, ils tendent directement une pseudo-initiative à signer en faveur de leur handicap supposé, frappée de drapeaux suisse et européen. Si quelqu'un fait mine d'être intéressé, ils lui font comprendre par des gestes qu'il faut faire un don. Après les avoir suivis durant près d'une demi-heure, on s'aperçoit qu'ils parlent discrètement entre eux. Mais, repérés, ils prennent la fuite.

Le même soir, pas moins de quatre marginaux font la manche en déambulant sur l'axe rue Haldimand - place de la Riponne, fréquentée par des toxicomanes.

«J'ai aussi repéré récemment des adolescents qui mendiaient, constate Pierre-Antoine Hildbrand, responsable politique de la sécurité lausannoise. Mais depuis l'entrée en vigueur de la loi (lire encadré), il faut reconnaître que le phénomène a largement diminué.»

L'élu PLR répète sa fermeté quant à l'utilisation d'enfants à de telles fins: «Mes consignes à la police sont strictes à ce sujet, y compris en cas de mendicité déguisée.» Il estime que la présence d'îlotiers en uniforme postés en certains lieux éloigne les mendiants.

La loi est la même pour tous

Porte-parole de la police lausannoise, Jean-Philippe Pittet dévoile que 18 cas de mendicité ont été dénoncés depuis novembre 2018, et pas que pour des Roms. «Techniquement, la loi cantonale s'applique de la même façon pour qui que ce soit, sur la base unique du comportement sur le domaine public», précise Pierre-Antoine Hildbrand. L'an dernier, la conseillère d'Etat Béatrice Métraux avait évoqué l'idée d'adoucir l'application légale selon les situations. Elu vaudois PLR, Mathieu Blanc estime que la police devra s'adapter aux nouvelles façons de mendier, et propose qu'on applique toujours des mesures d'éloignement.

Conforme aux droits de l'homme

La loi vaudoise interdisant la mendicité est née d'une initiative de l'UDC, adoptée en 2016 au Grand Conseil. Un référendum pour s'y opposer avait alors été lancé, sans succès, suivi d'un recours en justice. Le Tribunal fédéral a cependant validé la légalité du texte, jugé conforme à la Convention européenne des droits de l'homme. La loi est en vigueur depuis novembre 2018.

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