Sexualité des jeunes: Faveur contre avantage, pas toujours un problème
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Sexualité des jeunesFaveur contre avantage, pas toujours un problème

Une étude menée avec 6500 jeunes se penche sur les actes sexuels en échange de quelque chose. S'ils restent très stigmatisés, ils sont pourtant monnaie courante.

par
Pauline Rumpf
De la caresse au sexe oral en passant par le bisou, toutes sortes de faveurs sexuelles au sens large sont offertes en échange d'une autre faveur, sans forcément être négociées à l'avance.

De la caresse au sexe oral en passant par le bisou, toutes sortes de faveurs sexuelles au sens large sont offertes en échange d'une autre faveur, sans forcément être négociées à l'avance.

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La sexualité des jeunes inquiète parfois les plus âgés. Au coeur de certaines craintes, les actes sexuels effectués contre rétribution. La Haute école de travail social de Fribourg a donc étudié comment ces «transactions sexuelles» étaient pratiquées et vécues par les jeunes. Plusieurs tendances ont pu être mises en valeur, et sont présentées mercredi à Fribourg.

Certains des 6500 répondants avouent s'être déjà adonnés à des actes sexuels, de la caresse au rapport en passant par le baiser ou la nudité, en échange d'un avantage. Dans la tête de ces jeunes, la pratique reste très stigmatisée. Les raisons de l'échange peuvent varier: des cigarettes, des photos, de la reconnaissance sociale, pérenniser son couple. Et elles sont rarement négociées à l'avance.

Redevabilité et reconnaissance

Comme l'explique Annamaria Colombo, coresponsable de l'enquête, la «logique professionnelle» est minoritaire, alors que prime plutôt la «logique de reconnaissance», qui consiste à accepter quelque chose pour se sentir accepté, accompli ou valorisé. On trouve aussi la «logique de redevabilité».

La réponse est en effet souvent la même: «j'ai accepté parce que je lui devais bien ça», «il m'a offert un verre», «j'avais besoin d'un endroit pour dormir». Cette tendance ressort davantage chez les filles. «Elles ont plutôt tendance à se dire, après coup, que si on leur a offert à boire c'était avec une idée derrière la tête, et qu'elles auraient dû s'en douter, explique la chercheuse. Or les garçons vont plutôt se dire que si elles ne veulent pas, elles le diront.»

Être traitée de pute

Les filles vont alors parfois se sentir coincées. «Même s'il y a de moins en moins de différence entre la vie sexuelle des garçons et des filles, on attend de ces dernières qu'elles gèrent mieux la leur, et la crainte de l'insulte est très forte, comme être traitée de «pute» par exemple», rapporte Annamaria Colombo.

La chercheuse met d'ailleurs en garde contre cette pression, qui peut conduire à céder au chantage, en envoyant par exemple toujours plus de photos nues. «Ce qui est rassurant, c'est qu'il y a une certaine lucidité quant aux situations perçues comme problématiques, estime-t-elle. Les jeunes n'ont pas une sexualité débridée et inconsciente comme certains l'imaginent. Au contraire, ils accordent beaucoup d'importance aux sentiments et aux émotions. Mais ils ont souvent honte d'en parler ou se sentent coupables d'avoir accepté certaines choses.»

L'échange peut être positif

Elle enjoint donc les plus âgés à ouvrir un espace de dialogue: «il faut reconnaître aux jeunes un droit à avoir une sexualité, adaptée à leur âge bien-sûr, mais sans dramatiser ou banaliser les problèmes qu'ils rencontrent.»

D'autant que l'échange peut aussi être positif, rappelle Annamaria Colombo. Il peut amener de la confiance au sein du couple, qui s'envoie des photos avec la promesse mutuelle de ne pas les diffuser. Il peut également renforcer la confiance en soi, le rang social ou la reconnaissance par les pairs.

Médias sociaux

Les adultes doivent s'intéresser à ce qui peut se passer sur les médias sociaux, estime aussi la chercheuse. Ceux-ci ne sont qu'une continuité de la vie sociale réelle. Les pratiques comme l'échange de photos dénudées ne sont pas nouvelles, mais peuvent avoir des conséquences plus graves, le partage à grande échelle par exemple. Il faut donc sensibiliser le jeune aux dangers, mais sans toutefois dramatiser.

La recherche

Le questionnaire a permis de récolter les réponses de 6500 jeunes de 14 à 25 ans, dont de nombreux lecteurs de «20 minutes». Une quarantaine d'entretiens individuels ont ensuite été menés par les chercheuses avec des jeunes de 15 à 27 ans. Les personnes qui ont répondu ne sont pas représentatives de la population suisse, mais la recherche s'intéresse moins aux statistiques des transactions sexuelles qu'au point de vue des jeunes sur cette question.

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