Procès en France: Femme bourreau, homme victime: le tabou brisé
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Procès en FranceFemme bourreau, homme victime: le tabou brisé

Le tabou des violences conjugales subies par des hommes de la part de leur compagne a été brisé en France à l'occasion d'un procès qui s'est conclu par une peine de prison à l'encontre d'une femme bourreau.

Maxime Gaget, 37 ans, avait raconté son calvaire dans un livre, «Ma compagne. Mon bourreau».

Maxime Gaget, 37 ans, avait raconté son calvaire dans un livre, «Ma compagne. Mon bourreau».

Pour avoir maltraité pendant 15 mois son ex-compagnon Maxime Gaget, avec des sévices comparés à de la torture, Zakia Medkour a été condamnée jeudi à Paris à trois ans de prison, dont 18 mois ferme, et plus de 200'000 euros d'indemnisations. Cette peine ne l'envoie toutefois pas en prison, les condamnations à moins de deux ans étant aménageables.

Estimant que la peine prononcée contre Zakia Medkour, 43 ans, était un «minimum compte tenu de la gravité des faits et (du) maximum compte tenu de leur ancienneté», le tribunal correctionnel a également prononcé une obligation de soins (psychiatriques et pour addiction à l'alcool). Maxime Gaget, 37 ans, avait raconté son calvaire dans un livre, «Ma compagne. Mon bourreau», qui a contribué à donner de la publicité au procès et à lever le voile sur un phénomène mal connu.

La romance tourne au cauchemar

Les associations françaises de lutte contre les violences conjugales comptabilisent pourtant quelque 7000 plaintes d'hommes battus chaque année et l'on estime qu'un homme meurt tous les treize jours sous les coups de sa compagne. Par comparaison une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Maxime Gaget avait rencontré Zakia Medkour en 2007 sur internet et avait emménagé sept mois plus tard dans le studio parisien où elle vivait avec ses deux enfants. Mais la romance avait vite tourné au cauchemar.

Souvent absent de son travail, Maxime est licencié. Il devient alors une sorte «d'esclave domestique», obligé à dormir sur le sol dans l'entrée, sans accès à la salle de bains. Privé de ses papiers et cartes de crédit, il est également dépouillé de ses économies et menacé d'être dénoncé comme pédophile s'il se rebelle. Il subit en outre des sévices - brûlures avec des cigarettes ou un couteau chauffé à blanc, ingestion de force d'éponges ou de produit lave-vitres...

Elle demande pardon

Assimilant ces «actes qui vont au-delà de la violence» à des tortures, qui auraient pu la conduire aux assises, la procureur avait requis cinq ans de prison ferme contre Mme Medkour lors de l'audience en avril. «Il ne s'agit pas d'un dossier de violence conjugale comme les autres», avait-elle souligné, en évoquant une «inversion des rôles» avec une «femme bourreau et un homme victime».

Les avocats de Mme Medkour, qui avaient souligné à l'audience le parcours chaotique et l'addiction de leur cliente, se sont félicités qu'elle échappe à l'incarcération. «Il s'agit d'une décision juste», a réagi Me Houria Si Ali. «C'est une peine qui tient compte de sa personnalité et de ses pathologies», a estimé Me Samuel Aitkaki. «Je m'attendais peut-être à une sanction plus ferme, elle s'en tire vraiment à très bon compte», a de son côté déclaré Maxime Gaget. «Mais en tout état de cause, sa condamnation est une satisfaction, je vais enfin pouvoir tourner la page».

Zakia Medkour, venue recevoir sa peine accompagnée de ses deux enfants, n'a fait aucune déclaration. Lors de sa comparution, elle avait reconnu les violences, avant de «demander pardon» à Maxime Gaget. «Je ne suis pas sans coeur», avait-elle sangloté. (afp)

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