Actualisé 02.04.2020 à 20:46

Suisse romande

Fêtes sur les balcons: il y a aussi ceux que ça dérange

Les Romands sont divisés au sujet des excès de joie les soirs à 21 h. Les animaux, eux, vivent assez mal cette pratique.

de
Francesco Brienza

Pétards, feux d'artifice, casseroles et sonos dignes d'un club: depuis trois semaines, des balcons accueillent parfois de bruyantes explosions de joie le soir, à 21h. Au départ, l'idée était de montrer, à travers des applaudissements, un soutien aux travailleurs qui sont en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Mais très vite, le phénomène a pris une dimension festive et exubérante pour des citoyens cloîtrés chez eux et en manque de lien social.

Une question de morale

Si la majorité des Suisses s'en tiennent aux applaudissements, les manifestations de joie extravagantes font des mécontents. Souvent, ils se font discrets, de peur de passer pour des rabat-joie ou pire: des égoïstes. Parmi eux figurent des propriétaires d'animaux. «J'ai une chienne qui a une phobie terrible des pétards et qui est paniquée chaque soir de 21h à passé minuit, relate une Genevoise sur Facebook, presque en s'excusant. Elle tremble et est en hyper-ventilation constante. Ne pourrions-nous pas nous en tenir juste aux applaudissements?» A La Chaux-de-Fonds (NE), une femme pense «aux bébés et aux jeunes enfants qui dorment, ainsi qu'aux personnes cardiaques». D'autres ont un souci plus moral avec la démarche. «On dirait que les gens oublient qu'on parle d'une épidémie, déplore un Lausannois. Il n'y a rien à célébrer!»

Un équilibre à trouver

Le fait que la pratique divise n'a rien d'étonnant pour le sociologue René Knüsel, professeur à l'Université de Lausanne. «Il y a deux propos qui se rencontrent, analyse-t-il. Une manifestation de solidarité dans une crise grave, et une volonté de montrer qu'on est là, qu'on est vivants, bien que confinés.» Pour le scientifique, les citoyens qui exultent de façon excessive sont dans une forme «d'expérimentation des limites» difficile à supporter pour certains. «Ces derniers se retrouvent face à un paradoxe, reprend-il. Dénoncer un mouvement de solidarité est délicat. En même temps, ces débordements festifs, en soirée qui plus est, sont une déviance sociale importante dans nos cultures protestantes. Le bon équilibre est encore à trouver dans ce mouvement né il n'y a, rappelons-le, que quelques semaines.»

Des risques sérieux pour les toutous

Enorme stress, acouphènes, risques de fuite, aboiements et incontinences: les chiens peuvent développer de fortes réactions s'ils sont traumatisés. «Si l'animal n'a pas été habitué au bruit dans sa vie, nous recommandons de le tenir aussi loin que possible des balcons pendant l'émission de bruit et de faire jouer de la musique pour couvrir les bruits», évoque la fondation de protection des animaux Quattre pattes. A ce jour, aucune plainte n'aurait été déposée dans le pays. «La législation sur la protection des animaux stipule que les animaux ne doivent pas être exposés à un bruit excessif pendant une longue durée, précise toutefois le vétérinaire cantonal genevois Michel Rérat. Ce qui n'est pas le cas durant les quelques minutes quotidiennes de bruit pour féliciter le personnel de santé des hôpitaux.»

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